Taxe et Bzzaff

Une après-midi du mois d’août 2017 au Maroc, pendant les vacances, mon père, mon oncle  et moi étions en train de regarder la télévision.  Au bout d’un moment,le journaliste qui était en train de parler à la télévision dit qu’une taxe allait augmenter. Tout à coup mon père et mon oncle commencèrent  à s’énerver.

– Il est cinglé celui-là.

– C’est n’importe quoi.

– Eh bah dis donc ils ont pas peur de la réaction des gens ces politiciens.

– C’est la troisième fois de l’année qu’ils font ça.

– Tfou°, on en a marre de toute ces taxes à payer.

Ils se sont arrêtés un peu pour continuer à regarder le journal et écouter ce que le journaliste disait. Je sentais que ce qu’ils comprenaient ne leurs plaisait pas du tout. Après la fin du JT, ils continuèrent leur discussions.

– Beaucoup trop de taxe, bzzaff°°. Dit mon père.

– Et ils s’étonnent que le peuple se plaigne, lui repondit mon oncle.

– A la fin, on n’aura plus rien, walou°°°.

– Ils se foutent bien de ce qui va nous rester, il ne pensent qu’à eux.

– Je sais pas pourquoi ils font ça, je sais pas, mahrftch°°°°.

Après les avoir écoutés parler, je me mis à rire. Ils me regardèrent et se mirent aussi à rire avec moi. Ensuite mon père proposa à mon oncle d’aller boire un café chez mon cousin pour discuter de cette hausse des taxes avec lui. Ils se mirent donc en route.

Tfou°: Signe de dégout ou d’énervement dans les pays maghrébins.

Bzzaff°°: Signifie beaucoup ou trop en arabe marocain.

Walou°°°: signifie rien en arabe.

Mahrftch°°°°: signifie « je ne sais pas » ou « je ne comprends pas » en arabe marocain.

 

Karma

C’était un jour de pluie, j’étais dans ma voiture avec ma mère et ma sœur, nous allions acheter des habits.

Ma sœur comme à son habitude chantait et donc ma mère criait :

– Ferme ta bouche, Lois. Ferme-la.

Ma sœur répliquait en chantant encore plus fort. Moi, j’étais dans un coin de la voiture en train de rire comme un débile et ma mère criait dessus :

-Kyky, tais-toi, sinon ça va mal se finir.

Ma sœur criait de  plus en plus fort, cela m’énervait, je bouillonnais intérieurement, je n’en pouvais plus de cette voix agaçante qui criait sans arrêter dans mes oreilles alors je pris le parole et je lui dis :

– Ta gueule, j’en peux plus !

– Bien dit répondit ma mère.

Ma sœur se tut donc. Une fraction de seconde après cela, ma mère  heurta de plein fouet la voiture de devant et cria :

– Vaffanculo.

Ma sœur dit à son tour :

– Oh shit!

Et moi je murmurai doucement :

– Le karma, c’est lui, il nous a eus.

Nous étions tous sous le choc. Ma mère ne bougeait plus, elle était figée comme si le temps s’était arrêté et d’un seul coup elle se retourna brusquement vers moi et ma sœur et dit :

-Quand papa va apprendre ça, vous allez devoir courir vite.

J’étais déjà frustré avant qu’il ne me coure après. Ma sœur dit alors :

-Kyo, qu’est-ce qui t’a pris de crier comme ça ? Tu deviens fou !

Je lui mis alors une gifle et cela partit en live. Les coups fusaient de partout, ma mère s’interposa et nous mit une baffe à chacun.

 

Souriante et narcissique

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double n’est pas en tout point semblable à moi. Je suis dans l’ensemble, bien meilleure qu’elle.

Moi par exemple je m’habille simplement, elle met de hauts talons avec de courtes robes. Je suis souriante, intelligente et aimable elle, est asocial , narcissique et hautaine. Moi je suis sage, je travaille bien à l’école, j’ai de bonnes notes . Elle est rebelle, insolente, elle manque les cours et sort le soir. Moi  je pense à mon avenir, quant à elle , elle ne pense qu’aux garçons, au maquillage et à ses ongles. Je suis de toute évidence bien meilleure qu’elle.

Elle me suis partout, elle fait tout ce que je fais, elle dit tout ce que je dis, elle entend tout ce que j’entends : elle fait tout comme moi. Mais elle est moi et moi, je suis elle. Nous sommes toutes les deux la même personne. Sauf que nous n’avons pas le même âge moi j’ai 14 ans et elle croit qu’elle en a 22.

En tous les cas, je vais devoir la supporter tout au long de ma vie , il faut donc que je commence sérieusement à m’y faire.

Jeu de clefs

Je me rappelle de ce vendredi fin d’après midi du mois d’avril 2012. Je rentrais de l’école accompagnée de ma mère. Devant la maison, ma mère avait encore du mal à ouvrir cette satanée porte dont la serrure faisait de plus en plus faux bond ! « Mais c’est pas possible » dit ma mère, « en plus de cette semaine horrible et compliquée au boulot, il faut encore que je lutte pour rentrer à la maison ».

Notre voisin, Salvador, venait justement de sortir de chez lui. « Ça va Florence ? Veux-tu que je t’aide ? A ce moment là, ma mère réussit enfin à ouvrir la porte mais son énervement était tel qu’elle ne mesurer plus la portée de ses mots. « J’en ai ras le cul ! Rien ne va en ce moment, rien ne marche, tout part en vrille, ça me saoule ! ».

Salvador, avec sa gentillesse connue de tous, a proposé à mère de changer la serrure à l’instant même.

Chose qu’elle a acceptée sur le champ. Elle était à bout, à fleur de peau, je le voyais et le ressentais ! Mais je me faisais petite et ne disais rien.

« Oui, Salvador, je veux bien s’il te plaît », dit-elle en allant chercher la nouvelle serrure. Salvador fit alors le changement de serrure en quelques minutes. Tout irait pour le mieux, cette épine enlevée du pied de ma mère.

C’est alors qu’un rebondissement arriva ! En voulant tester la nouvelle serrure, maman referma la porte de l’appartement en regardant à deux fois le trousseau qu’elle tenait dans la main et se dit : « C’est le bon trousseau, je peux claquer la porte sans risque ». Ce qu’elle fit sur le champ. Salvador n’avait pas fini sa phrase interrogative sur le même sujet, qu’elle le regarda d’un air dépité et s’écria : « Putain, c’est pas vrai ! j’ai pas fait ça quand même, je n’ai pas laissé les nouvelles clefs à l’intérieur !? » Elle a alors demandé à Salvador s’il les avait avec lui, mais non bien évidemment. Nous étions donc à la porte de la maison. Je crois n’avoir jamais vu ma mère aussi énervée et injurieuse avec elle même. « Comment peut-on être aussi idiote ! Quelle abrutie je suis ! Je n’y crois pas, être aussi bête que cela » etc. Elle ne s’arrêtait plus de parler, de crier après elle même. Si j’avais pu me cacher dans un trou de souris, j’y serais partie à toute vitesse. Salvador, toujours aussi calme, est parti chercher le matériel nécessaire pour retirer la nouvelle serrure mais s’agissant d’une porte blindée, ça n’était pas une mince affaire.

Et ma mère assise par terre, la tête dans ses genoux répétant sans cesse « Quelle idiote, mais quelle idiote comment peut-on être aussi stupide que ça ». Tout le monde en prenait aussi pour son grade sauf Salvador évidemment et moi qui étions silencieux. Elle ressassait les problèmes de sa semaine, les difficultés rencontrées, les personnes mauvaises avec qui elle avait dû travailler et faire semblant.

Au bout de deux heures d’acharnement à la perceuse, Salvador a fini par vaincre cette satanée serrure. Maman s’effondra en larmes dans ses bras. « Merci infiniment Salva, je ne sais pas comment j’aurais pu faire sans toi, merci, merci et encore merci ! » Elle ne s’arrêtait plus de le remercier. Il alla chercher une nouvelle serrure d’appoint chez lui dont il garda un jeu de clefs en attendant que maman rachète une serrure adaptée. Elle finit par se calmer et s’apaiser ce qui me rassura bien évidemment.

Radieuse et lunatique

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double n’est pas en tous points semblable à moi.

Il est dans l’ensemble beaucoup moin bien que moi.

Moi, par exemple j’ai  des yeux bleus en forme d’amande et les cheveux châtains, elle, elle a toujours les yeux bleus mais ses yeux à elle sont entourés de plein de petites rides. Et, pour ses cheveux, ils sont gris et courts,  comme une coupe à la garçonne. Moi, j’ai une jolie mine, toute radieuse et gaie. Elle, sa longue et fatigante vie a laissé  des marques sur son visage. Je suis attachante alors qu’elle, avec son visage fermé, elle ne donne pas envie qu’on la connaisse. Elle est succeptible, se vexera toujours pour un oui ou pour un non et restera toujours têtue. Moi je suis agréable et je n’agresse pas. Elle se vexe rapidement, ça peut la rendre lunatique ce qui est insupportable. Mais grâce à mon humour, j’arrive à lui mettre un léger sourire sur les lèvres. Je suis ambitieuse mais elle a toujours peur de faire les choses et elle est vigilante. Je suis une jeune femme, elle c’est une femme déjà âgée.

Notre cohabitation n’est pas toujours facile. Comme elle est jalouse de ma perfection, elle est hautaine avec moi sur son savoir et son vécu. Moi, de mon côté, je ne rentre pas dans son jeu, ce qui l’énerve. Malheureusement, c’est comme un cercle vicieux et nous n’en finissons jamais.

Anothi adipia !

Comme tous les soirs, je regardais la télé jusqu’au moment où mon frère a débarqué de nulle part et a pris la télécommande. Et, bien sûr comme une cloche, je lui ai dit :

– Tu joues à quoi ? T’as cru que la vie elle était gaufrette ou quoi ?

En me regardant de travers, il m’a à son tour demandé:

– Tu viens de parler à qui, là?

Et avec détermination, je l’ai regardé dans le blanc des yeux en lui ordonnant:

-Rends-moi la télécommande!

Et tout à coup, j’ai senti son énorme poids qui a fait trembler mes os et cet abruti s’obstinait de me répéter :

– Redis ce que tu viens de dire là !

J’essayais de me débattre coûte que coûte :

-Lâche-moi, nâye (espèce de chien), tu me fais mal avec ton gros corps là, va à la salle de sport au lieu de m’emmerder.

Et avec son regard qui tue, il m’a reprise tout de suite :

– T’as dit quoi ?  Tu me cherches là ? Pour la peine, je vais rester comme ça, tu vas souffrir ma p’tite!

Et comme d’habitude, j’ai eu l’idée de sortir mes grands talents d’actrice :

-Mà! Mà Dinak adikaran! (il me tape)

Bien sûr, ma mère a débarqué tel un chien enragé en lui donnant un avertissement :

-Dinak vedu! ( lâche-la)

Bien évidemment, mon frère ne lui prêtait pas attention. Alors ma mère est passée à l’action en allant chercher un petit ustensile dans la cuisine :

-Vedra ( lache-là tout de suite)

Il s’est levé d’un coup sec et bien évidemment, pour s’enfuir, il a dû de toute évidence marcher sur mes omoplates qui se sont brisés en un claquement de doigt.

Pendant qu’ils faisaient un marathon dans la maison, ma mère, accompagnée de sa cuillère, ne cesser de lui répéter :

– Anothi adipia (tu tapes pas ta sœur) !

Et de l’autre côté, mon frère qui était à court de respiration insistait en lui répétant :

– Mà ava nadikira (elle simule) !

Durant cette scène qui se répétait en boucle, je me suis dit que si je n’avais pas de frère, je n’aurais pas d’histoire. Malgré nos disputes, il restera la personne sur laquelle je pourrai compter, tout au long de ma vie.

Hombre !

Le 2 février 2012, mon père, accompagné de ma mère et de nous, part chercher du travail, il veut être serveur, il a dû visiter au moins une vingtaine de restaurants et aucun n’accepte mon père, sauf un, il s’appelle le « Le Gourmet ». Mais le chef lui dit :

– Le boulot que je te propose gagne le smic.

– Ok, ça ne me dérange pas.

– Tu vas nettoyer les toilettes comme une bonne petite merde que tu es !

A ce moment-là, ma mère gifle le patron et lui dit :

-Hijo de la gran puta que eres, cabrón, vete a la mierda!

Nous partons en voiture, tous contrariés et énervés. En rentrant, je pleure et ma mère me dit:

-Parrête mon fils, tu es un hombre ou pas ?

Et moi, choqué par la spontanéité, je lui réponds:

-Déjà, on dit «  arrêter » et non pas « parrêter » et « homme » , parle un peu français, immigrée que tu es!

Elle me gifle à mon tour. Durant des semaines, on ne s’est plus parlé. Un jour, je lui fais des excuses qu’elle accepte. Et, depuis, je ris de cette anecdote.

Roll of quarters

Mon père m’a raconté une histoire lorsqu’il était  à Dallas, aux Etats-Unis, là où il est né. Il venait d’intégrer une nouvelle agence de mannequinat et il avait besoin d’argent pour le week-end.

« One time, quand j’habitais à Dallas, je devais aller chercher mon chèque un vendredi soir pour avoir de l’argent for the week end. Mais j’ai complètement zappé.

-Tu as zappé quoi ?

To get my money, Gumpette, because you know je faisais un autre truc et quand je suis parti chercher mon argent c’était too late, trop tard, no ? How do you say?

– Yes it’s right.

-So, j’étais tellement lost in my thoughts and I was like, comment je vais manger le week end jusqu’à lundi tu vois. Et j’étais like fuck how am i going to do. J’étais sur mon vélo et pour rentrer chez moi through a parking lot en regardant par terre en pensant « I just need 10 bucks to eat like just for the week-end ». Et je regardais mes pieds pédaler, and je ne regardais pas où j’allais à ce moment-là. Un mètre plus tard, je tombe sur un roll of quarters…

– What is it? 

-Stop cutting me, I was going to tell you. So c’est une pile de coins à l’intérieur d’un papier. C’est comme ceux qu’ils utilisent dans une banque. And in it tu as 10$.

-Ok je vois. Tu l’as trouvé comme ca?

-Oui, il était juste là sur la route but it was all damaged. But you know j’avais juste besoin de 10$ et then like one meter later je les ai eus. And after i was like just thank you god ! »

D comme Diable

Si j’avais mal au ventre, je mettrais un chapeau.

Si je gagnais un million d’argent, je ferais des claquettes.

Si je passais la porte, je serais dans la mer.

Si je mettais mes gants, j’aurais la grosse tête.

Si les papillons marchaient, je  volerais dans le ciel.

Si j’étais un diable, je ne saurais pas être méchante.

Si j’avais un loup, je lui apprendrais à danser.

Si j’avais une couleur, je la transformais en feu d’artifice .

Si je mangeais une orange, je serais toute orange.

Si le Soleil était en glace, je serais en feu .

Si je sortais par la porte, je rentrerais par la fenêtre.

M comme la Mer et la Barbe à papa

Si j’ avais le temps, je ne le perdrais pas .

Si j’étais Apollo 13, je marcherais la première sur l’eau .

Si j’avais la chance d’être magicienne, j’aurais plus d’un tour dans mon sac.

Si le soleil se couchait tôt, j’aurais la chance de me lever tard.

Si dehors il faisait 32°degrés, je porterais mon pull polaire.

Si j’avais de la chance, je jouerais à Euro Million .

Si je souriais, je perdrais toutes mes dents.

Si j’avais un ballon dans les mains, je l’éclaterais sur la tête de quelqu’un .

Si je glissais parterre, j’irais tout droit devant le Mc Donald’s.

Si j’étais un professeur, je ne viendrais pas en cours.

Si je rentrais par la porte d’entrée, je sortirais par le balcon.

Si je parlais l’espagnol, je ne saurais pas l’écrire.

Si la mer est salée, la barbe à papa est sucrée.