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Tautogramme

« Pendant la pandémie, les paléontologues, les pantins, les perfides et tous les persifleurs pantouflaient paresseusement sur la plage. Ils étaient pourtant pâlichons et se pâmaient. Mais ils piaffaient et ils pouffaient de ne pouvoir poursuivre les palombes, de ne pas pouvoir prétendre à des pamplemousses ou à des pancakes. Ils pressentaient un mauvais tour de passe-passe. Pitoyable. Ils auraient peut-être préféré qu’on leur passe une pilule pour planter des patates dans leur potager et se prémunir de la piqûre. »

Ce texte s’appelle un tautogramme !

Deux possibilités :

  • Vous vous lancez dans un texte comme celui-ci où tous les mots commencent par la même lettre (ou à peu près, les mots outils peuvent échapper à la règle).
  • Vous écrivez 26 phrases avec les 26 lettres de l’alphabet en tautogramme. Au moins 5 mots par phrase commençant par la même lettre : ex A : À Angers, Aristide asticote les abricots avec Anatole. Acrobatique ! B : Bernard butine, broute, bricole et bavarde bruyamment. Quel boulet ! Etc…

Le Dicovid

Nous allons élaborer ensemble un « Dicovid» : petit dictionnaire du covid :

  1. Au brouillon, commencer par lister les mots devenus à la mode depuis un an. Ex: covid, attestation, cas contact, geste barrière, test, gel hydroalcoolique, etc.
  2. Trouvez, au besoin inventez- leur des dérivés, en leur ajoutant des suffixes et / des préfixes. Ex: covider (contaminer qqn par le covid) / décovider (le soigner du covid); attestationner (faire son attestation de sortie), etc.
  3. Créez des mot-valise en mêlant deux mots: ex: attestarder (attestation + tarder = tarder à faire son attestation; s’apercevoir, une fois dans la rue que l’on a oublié de faire son attestation de sortie).

Rappel:

Le mot-valise est une création verbale formée par le téléscopage de deux (ou trois) mots existant dans la langue :

Ex : le franglais (français + anglais) ; le pourriel (courrier pourri) ; une foultitude (foule + multitude)

Le but du mot-valise est de faire un jeu de mot, ou d’enrichir la langue, en « luttant contre les dictationnaires ».

  • Utiliser une syllabe commune à deux mots : éléphantôme
  • Ou modifier légèrement une syllabe du mot pour y accoler le deuxième : hebdromadaire
  • Inventer une définition

 

Attestarder = vb intr ; remplir son attestation alors qu’on est déjà dans la rue.

Biselle = n,f. bise virtuelle

Cacoronaphobie : n, f : flou des discours des experts et des mesures prises.

Cnedodo : vb, intr : action de dormir pendant sa classe à distance.

Méthode S + 7

Ce jeu a été proposé, au début des années 1970 par l’Oulipo. Il s’agit de substituer à chacun des substantifs présents dans un texte de base celui qui vient en septième position après celui-ci dans le dictionnaire.

Par exemple le nom commun « chat »: en parcourant le Petit Larousse, on parvient à « chateaubriand », après avoir passé: « châtaigne », « châtaigneraie », « châtaignier », « châtain », « châtaire », « château ».

Ainsi l’expression: « il n’y a pas de quoi fouetter un chat » devient: « il n’y a pas de quoi fouetter un chateaubriand. »

Raymond Queneau a ainsi transformé la célèbre fable de La Fontaine: « La Cigale et la fourmi »:

« La Cimaise et la fraction

La Cimaise ayant chaponné tout l’eternueur,

Se tuba fort dépurative

Quant la bixacée fut verdie:

Pas un sexué pétrographique morio

De mouffette ou de verrat.

Elle alla crocher frange

Chez la fraction sa volcanique… »

Appliquez la Méthode S + 7 à la fable « Le Corbeau et le Renard »:

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie,
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Vous pouvez utiliser le TLF (Trésors de la Langue française) en ligne.

T comme Tautogramme

Le tautogramme consiste à écrire un texte dont tous les mots commencent par une voyelle ou une consonne identique:

Exemple de tautogramme par Robert Desnos : « Elégant cantique de Salomé Salomon »: (Langage cuit, 1923):

« Mon âme meurt mais mes mains miment

Noeuds, nerfs non anneaux. Nul nord

Même amour mol? mames, mord

Nus nénés nonne ni Nine. »

Le tautogramme est proche du jeu sur les allitérations:

« Chanson de chasse », Robert Desnos:

La chasseresse sans chance

de  son sein choie son sang sur ses chasselas

chasuble sur ce chaud si chaud sol

chat sauvage

chat sauvage qui vaut sage

chat sage ou chat sauvage

laissez sécher les chasses léchées. »

 

A votre tour !

Mot valise

Le Grand combat, Henri Michaux

Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;

Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ;

Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ;

Il le tocarde et le marmine,

Le manage rape à ri et ripe à ra.

Enfin il l’écorcobalisse.

 

L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.

C’en sera bientôt fini de lui ;

Il se reprise et s’emmargine… mais en vain

Le cerceau tombe qui a tant roulé.

Abrah ! Abrah ! Abrah !

Le pied a failli !

Le bras a cassé !

Le sang a coulé !

Fouille, fouille, fouille,

Dans la marmite de son ventre est un grand secret

Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;

On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne

Et on vous regarde

On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.

 

Calembours

En m’ébattant je fais rondeaux en rimes,

Et en rimant bien souvent je m’enrime;

Bref, c’est pitié d’entre nous rimailleurs,

Car vous trouvez assez de rime(s) ailleurs,

Et quand vous plaît mieux que moi rimassez,

Des biens avez et de la rime assez.

(…)

Si vous supplie qu’à ce jeune rimeur

Fassiez voir un jour par sa rime heur

Afin qu’on dise, en prose ou en rimant,

Ce rimailleur qui s’allait enrimant

Tant rimassa, rima et rimonna,

Qu’il connut quel bien par rime on a.

 

Clément Marot, Epître VII au Roi, 1518

 

A la manière de Marot, écrivez une « épitre » à votre mécène (professeur, parent, etc.) pour lui demander d’accepter et de soutenir un trait de votre nature, un don de votre caractère: bavard, rêveur, oublieux, rieur, joueur, taiseux…

Vous construire votre poème sur un mot, à partir duquel vous déclinerez (ou inventerez) des dérivés.

Ex: rêveur, rêver, rêvasser, rêvassant, rêve assez, rêve heur, rêva sans, etc.

 

 

B comme Boule de Neige

Une boule de neige de longueur n est un poème dont le premier vers est fait d’un mot, le second de deux mots, le trosième de trois mots, etc…. Le nième vers a n lettres. On peut aussi faire fondre la boule de neige : elle grossit jusqu’à n, puis fond pour revenir à un seul mot.

Ici

un petit

atelier d’écriture :

la     boule     de     neige

grossit, grossit, jusqu’à devenir

énorme et renverser tout sur son

passage et puis redescend la

pente pour s’écraser

tout en bas

de    la

page.

Il existe des boules de neige métriques. La plus célèbre est celle des Djinns de Victor Hugo :

Murs, ville
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà, s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! — Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle, penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon.

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! — Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde ;
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : —
Tout fuit,
Tout passe ;
L’espace
Efface
Le bruit.

Victor Hugo, Les Orientales, 1829

C comme au Conditionnel

Au conditionnel

Si je savais écrire, je saurais dessiner.

Si j’avais un verre d’eau, je le ferais geler et je le conserverais sous verre.

Si on me donnait une motte de beurre, je la ferais couler en bronze.

Si j’avais trois mains, je ne saurais où donner de la tête.

Si les plumes s’envolaient, si la neige fondait, si les regards se perdaient, je leur mettrais du plomb dans l’aile.

Si je marchais toujours tout droit devant moi, au lieu de faire le tour du globe, j’irais jusqu’à Sirius et au-delà.

Si je mangeais trop de pommes de terre, je les ferais germer sur mon cadavre.

Si je sortais par la porte, je rentrerais par la fenêtre.

Si j’avalais un sabre, je demanderais un grand bol de Rouge.

Si j’avais une poignée de clous, je les enfoncerais dans ma main gauche avec ma main droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je me perdrais bientôt de vue.

Jean Tardieu, L’accent grave et l’accent aigu.

À la façon de Jean Tardieu, écrivez, à votre tour, une dizaine de phrases, construites sur le même modèle — deux propositions :

  • la proposition subordonnée : Si… avec un verbe à l’imparfait
  • , (les deux propositions sont séparées par une virgule)
  • la proposition principale : … avec un verbe au conditionnel présent.

Ne soyez pas trop sages 🙂 !

I comme Inventaire

Un inventaire est le recensement de tous les objets appartenant à une personne ou à un lieu, à un moment donné. On parle, par exemple, de l’inventaire de fin d’année pour un magasin, qui compte tout ce qui n’a pas été vendu au 31 décembre.

Dans l’atelier d’écriture, l’inventaire consiste à relever et présenter sous forme de liste un certain type de mots dans un poème donné (substantifs, ou verbes, ou adjectifs, ou substantifs et adjectifs…)

Je vous donne un début d’exemple pour le confinement :

Être confiné

Dormir, ronfler, paresser, se reposer, s’allonger…

Boulotter, manger, dévorer, déguster, grignoter…

À vous d’imaginer une vingtaine de verbes (ou de noms, ou d’adjectifs) qui décrivent votre confinement !

Voici un exemple plus littéraire de Georges Perec, qui, en plus de faire l’inventaire, raconte aussi une histoire !

 Déménager

             Quitter un appartement. Vider les lieux. Décamper. 

Faire place nette. 

Débarrasser le plancher.

Inventorier ranger classer trier

éliminer jeter fourguer

Casser

Brûler

Descendre desceller déclouer 

Décoller dévisser décrocher

Débrancher détacher couper tirer 

Démonter plier couper

Rouler

Empaqueter emballer sangler 

Nouer empiler rassembler

Entasser ficeler envelopper 

Protéger recouvrir entourer 

Serrer

Enlever porter soulever

Balayer

Fermer

Partir.

Georges Pérec

Boule de neige

Une boule de neige de longueur n est un poème dont le premier vers est fait d’un mot, le second de deux mots, le troisième de trois mots, etc…. Le nième vers a n lettres. On peut aussi faire fondre la boule de neige : elle grossit jusqu’à n, puis fond pour revenir à un seul mot.

L’
école a
fermé ses portes
chacun reste chez soi
invente une boule de neige
chacun sur l’atelier d’écriture
on      écrit,         on      se      lit,
on compte, on réfléchit,
on travaille aussi
c’ est
fini !