Category Archives: Lettre persane

Si seuls

Paris, le 13 mars 2019

Chère Olivia,
Tu dois sûrement être en Pologne lorsque je t’écris cette lettre, qui va sans doute fort t’intriguer.
Ici à Paris c’est assez particulier, surtout au niveau de la jeunesse.
Tu veux que je t’explique, toi qui n’as jamais visité Paris et ses drôles de mœurs ?

Ici tout le monde se plaint : lorsqu’il fait froid tout le monde veut le soleil, et, quand celui ci se montre, tout le monde n’a qu’une phrase à la bouche « oh j’ai chaud! » sans doute pour se faire remarquer par les autres.

Tout le monde est scotché à son objet appelé « téléphone portable » c’est comme ça qu’ils communiquent, quand tu regardes autour de toi, tout le monde a le nez par terre, pourquoi ? Ils regardent en fait leur téléphone. Il ne faudra pas s’en étonner quand ils trébucheront tous.

Il y a une mode, faire pareil que les autres, au niveau vestimentaire, dans le vocabulaire, et encore dans bien d’autres domaines… J’ai mon style bien particulier tu le sais, mais j’ai fait l’expérience d’être différente d’eux… Ils commencent alors à chuchoter et à rire en me regardant ! Est-ce normal ? Sans doute dans leur société…

Autour de moi, tous les gens de ma classe sont dits  « populaires » ce concept est celui d’avoir pleins d’amis, mais attention , ce ne sont pas des amis comme nous les connaissons en Pologne, dans notre vocabulaire on traiterait ça plutôt comme une connaissance. Intéressant.

Voilà j’espère que tout va bien de ton côté, j’attends ta réponse avec hâte.

Maëva.

Hashtag

Le 9 février 2019, Paris

Pour Valentina

Chère amie,

Comme tu le sais, je vis toujours à Paris. Est-ce un point positif? Je ne sais pas, vu comment les habitants sont H24 scotchés sur ces nouvelles technologies. A vrai dire, je ne sais plus quoi penser, excepté qu’ils m’inquiètent de plus en plus. J’ai même parfois l’impression de vivre avec des extraterrestres. Toi qui hésitais de rejoindre la team parisienne, je t’en conjure, reste dans ta petite campagne où tu as l’opportunité d’écouter à chaque lever du soleil le cri des coqs.

Ne proteste pas, Valentina, c’est un fait avéré et j’en ai d’ailleurs plusieurs démonstrations : sous mes yeux, les journaux qui proposent de nouvelles technologies, coûtant la peau des fesses sans être vulgaire.

Prenons l’exemple des téléphones portables : un homme va acheter le dernier iPhone XX qui coûtera sans doute le triple de son salaire et passera ses journées entières sur cet engin sans savoir ce qui se passe autour de lui. Et tellement il sera obnubilé par cette machine, il en oubliera la vraie communication.

De plus avec les réseaux sociaux, c’est devenu pire. Tu ne peux plus faire un pas de travers sans qu’on te prenne en photo pour y inscrire des hashtags comme #looser #MDR #LOL.

Ridicule, ne trouves-tu pas? Je ne saurais te dire quelle est l’utilité de prendre des photos pour les poster sur Instagram ou je ne sais quelles autres applications. Peut-être se croient-ils supérieurs aux autres ? Enfin bref….

J’espère que les hommes ne vont pas se transformer en moutons : un qui saute, le troupeau suit.

En attendant avec impatience de tes nouvelles,

Ta meilleure amie

Clones

Cher Yumi,

Je ne vois plus que des clones, ils sont tous pareils : même habits, même expressions. Ils se copient tellement qu’ils ont maintenant la même façon de penser : ils ne pensent qu’à eux, eux et leur égo surdimensionné aussi. J’ai pu observer cela depuis l’école élémentaire. Ici, à Paris, tout le monde joue un rôle, celui d’être le plus « normal » possible. Et si tu es différent, alors tu attises la curiosité et la haine de ces gens. Alors si tu es différent, il faut te cacher ou fuir. Oublier ses rêves pour se conformer à cette société c’est la seule chose à faire. Si tu veux pouvoir être toi-même il faut devenir célèbre et là tu imposeras ton choix. Mais sache que lorsque tu auras montré qui tu es, soit on te jugera soit on te copiera. Ce phénomène aussi stupide et éphémère que le buzz de Cyril Hannouna est appelé « la mode ». Ce processus rempli de codes aussi complexes qu’inutiles permet de cloner n’importe qui, tant que peut  fonctionner cette société de consommation qui vend à des prix frôlant le P.I.B des pays les plus pauvres des vêtements ou objets qui ne servent qu’à montrer à quel point on est fortuné. Et les gens le font car ils cèdent à la pression du groupe : même s’ils doivent faire du mal, ils suivront toujours ce groupe quitte à douter de leurs actions passées toute leur vie durant. Ces groupes s’attaquent constamment à des minorités : pauvres, obèses, étrangers… Pour qui ces pantins se prennent-ils? Pour ce qu’il ne sont pas, des rois. Mais que sont-ils au fond? Des monstres ? Non, simplement des produits de leurs environnement, qui ne savent plus aimer.

Ils se conforment à des copies conformes qui ne pensent qu’à leur confort.

De clone n°9856 a Yumi

Invasion d’insectes à Paris

De Paris, le 31 juillet 2019. 

Chère Marie. 

Comme tu le sais, je suis à Paris depuis déjà un an et les Francais n’ont aucun goût vestimentaire.

Les Francais de nos jours deviennent étonnants avec leur « mode » si on peut l’appeler ainsi. 

De mon temps, je n’aurais pas osé demander à mes parents des habits de marques luxueuses, vu leurs prix extravagants. Maintenant, je vois pleins d’adolescents se promener avec de grandes marques comme Chanel ou Louis Vuitton. À croire qu’ils ont un salaire mensuel pour acheter tout cela. On ne saurait croire combien coûterait à une mère pour mettre à la mode ses filles et ses fils, ils le font sûrement pour que leurs enfants les apprécient. Mais la cerise sur le gâteau, c’est que j’en vois même porter des chaussettes Gucci, sérieusement ? 100€ dans une paire de chaussettes ? S’ils étaient des mille-pattes, ils auraient 2000€ rien qu’à leurs pieds. Je pense que pour eux s’habiller avec des marques signifie qu’ils ont du style, ce qui reste désolant.

C’est hilarant comme ils sont tous habillés de la même manière, on dirait des fourmis, ils se ressemblent tous. J’ai même aperçu des adultes s’habillant du même style que leurs enfants, je suppose qu’ils font ça pour paraître plus jeunes. Mais il faut se fixer des limites car mettre des crop-top à 50ans n’est pas très joli à voir.

Je vois souvent des jeunes porter des jeans qui descendent jusqu’à leur cheville et certains osent quand même mettre des ceintures. Mais à quoi servent-elles si ce n’est pas pour tenir le jean? Ces fameux jeans leur collent à la peau comme des sangsues. Je pense qu’il faudrait leur dire de prendre de plus grandes tailles.

Les filles se maquillent de plus en plus jeunes, elles commencent à ressembler à des poupées avec les tonnes de fonds de teint qu’elles mettent.Et j’en ai aperçu de nombreuses porter de grandes lunettes rondes, on dirait des mouches. 

Cette mode parisienne s’obstine à égaler la beauté des insectes. Sérieusement, qu’est-ce qu’il y a de beau à ressembler à un insecte ?  

 J’espère que tu vas bientôt me rejoindre a Paris pour voir cette mode parisienne. 

A très bientôt.  

                                           Ocia

Poils de tête

De Paris, 12 ème, le 10 février 2019

Pour Syraxu

Salut cousin ! J’espère que toi et le district allez bien, je suis enfin arrivé sur le vaisseau A5689BHXY9MP6 ou plus communément appelé  »Terre ». J’ai atterri dans un district ou ville qu’ils appellent « Paris » et là-bas la race humaine porte beaucoup d’intérêt à ses poils de tête ou « coiffure ».

Souvent les femelles ont des cheveux plus longs que les mâles, elles mettent beaucoup de temps à se les coiffer, brosser, chauffer et attacher, ce qui parfois donne des résultats très étranges. Elles ont aussi des « Baby hair » qu’elles coiffent de façon étrange, de manière très différente mais toujours dans la même optique.

Les mâles eux ont ce qu’ils appellent des contours, ils coupent tout simplement leurs cheveux de manière droite tout autour de leur tête. Si un de leur camarades n’a pas fait ses contours, il se fait souvent charrier sans aucune raison, alors que tous ceux qui ont des cheveux bouclés ou autre sont hors de portée de ce genre de moqueries.

Tout ça pour te résumer que je préfère les femelles et les mâles de notre planète avec nos beaux crânes luisant après le ponceur.

Yvproga

Etrange comme ville

De Charenton-Le-Pont, le 7 février 2019

pour Charlotte,

Salut , j’espère que tu vas bien.

Cela fait une semaine que je suis arrivée à Paris. Je me balade souvent sur l’avenue des Champs-Elysées et je remarque que beaucoup personnes se promènent avec un objet qu’ils appellent « smartphone ».

Certains d’entre eux parlent tout seul, je suppose donc qu’ils sont en conversation avec quelqu’un. D’autres tapent du pied, dansent et chantent en même temps ; j’en déduis qu’ils écoutent de la musique . Ah oui ! le meilleur reste quand même ceux qui sourient à leur téléphone : j’ai fini par comprendre qu’ils se prenaient en photo. Ils appellent ça un « selfie », tu devrais les voir prendre des poses de stars. pourtant je vois bien que ce ne sont pas des mannequins !

En plus de cela , les gens son vraiment irrespectueux : par exemple, dans les transports en commun, ils sont sans gêne et écoutent de la musique sans écouteur. Ce qui signifie que nous en profitons aussi. C ‘est comme ça que j’ai écouté du rap français ou encore du Mozart quand la sonnerie d’un téléphone s’est déclenchée. C’est vraiment agaçant. J’ai aussi profité de la conversation téléphonique de ma voisine qui parlait de chaussures avec sa copine. Tu sais que j’aime les chaussures mais là , je t’avoue que c’est pénible. Ils doivent s’imaginer être seuls au monde, dans leur monde.

Abrutie par toutes ces nuisances, je n’ai qu une seule envie, c’est de retourner dans notre campagne au plus vite. Dans notre campagne silencieuse, et n’avoir comme musique que le chant des oiseaux. Paris a beau être la capitale, je préfère mille fois notre village où il fait bon vivre et où les gens se parlent…

ta correspondante Lana , la villageoise

Poilu et mal coiffé

                                                                                         De Paris, le 17  mai 2018.

Alors tu voulais que je te parle de la mode des coiffures chez les jeunes Français, c’est vraiment étonnant. Ils réfléchissent tous les jours à la coiffure qu’ils vont faire la semaine prochaine, ils en oublient même leur dernière leçon d’histoire. Mais, surtout, on ne saurait croire combien tout cela coûte aux parents de mettre leurs enfants à la mode, ça change vraiment des voiles.

Que sert d’avoir des chignons énormes et des énormes vagues de cheveux plaqués au gel sur le front, d’avoir une coiffure et une barbe taillées parfaitement droites à la  lame dont aucun cheveu ne dépasse ? 

Un jeune qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne en revient aussi poilu et mal coiffé qu’un soldat revenant de la guerre. Quelquefois, les coiffures montent insensiblement, c’est la mode des années 1717 qui revient -avec la hauteur immense des parures, qui mettait le visage d’une femme au milieu d’elle-même. J’ai souvent vu des garçons mettre une casquette parce que quelques cheveux ont poussé sur leur tête et ont abîmé leur sublime contour.

Moi, personnellement, je me suis sentie comme une extraterrestre, avec ma coiffure « de l’antiquité », comme dirait ma colocataire. Les jeunes changent de coiffures selon le degré de popularité. Les plus populaires doivent avoir les coiffures les plus belles, les plus originales et sans aucun défaut, les moins populaires inspirent les plus jeunes et les plus « ringards ». Les populaires sont des moules qui donnent la forme à tous les autres, mais s’il savaient qu’ils ont deux années de retard sur les Américains… Ils ont les mêmes coiffures que les New Yorkais il ya deux ans durant notre voyage scolaire.

Amelia à Milla, à Dubaï

Choquant

De Paris, 23 octobre, 2019

Ma chère Paloma,
J’espère que tu vas bien et que ta rentrée s’est bien passée.

Pour ma part, mon arrivée à Paris fut très mouvementée : la première chose qui m’a choquée en arrivant ici, c’est de voir les gens très agités, ils courent partout et puis, quand ils sont sur leur téléphone, tu es sûre qu’ils te rentrent dedans.

Ma rentrée fut également très mouvementée, personne ne m’avait prévenue qu’ici on ne fait pas la prière car je suis dans une école publique et, comme une bête, je me suis retrouvée toute seule debout à faire ma prière. Ensuite, ici, on ne porte pas d’uniforme !

Enfin, la chose qui m’a le plus choquée, c’est que les gens disent plein de grossièretés.

Je suis très déçue car on m’a tellement dit que, Paris, c’était le rêve, que les gens étaient adorables… mais je me rends compte que la vie au Brésil était beaucoup mieux qu’ici. Je voudrais y retourner.

Voilà, j’espère que toute ta petite famille va bien, embrasse tout le monde de ma part.Tu me manques énormément, hâte de te revoir.

De Victoria à Paloma, à Rio de Janeiro

Survêtements

Paris, le 18 février 2018

A Liam

Depuis que je suis arrivée à Paris , plus particulièrement en banlieue parisienne, j’ai remarqué un style vestimentaire qu’adoptaient les jeunes de ces quartiers-là  : les survêtement de sport. A chaque coin de rue, avant d’arriver là où j’habite, je croise ces jeunes gens qui sont là posés en bas des immeubles , souvent en bandes : ils sont là on ne sait pas ce qu’ils font. Ils sont là à tergiverser sur le prix de leurs « sapes », c’est comme ça qu’ils surnomment ces choses qu’ils portent sur eux.

Ça change beacoup d’Angers où les jeunes en portent aussi mais beaucoup moins qu’à Paris. Le survêtement pour moi à la base, c’est fait pour le sport mais les jeunes Parisiens eux les mettent pour avoir un certain style vestimentaire. Certains sont vraiment moches, mais bon ils font ce qu’ils veulent !

Passe le bonjour à tes enfants de ma part.

Philippe

Poussée d’Archimède

De Charenton-Le-Pont le 05 février 2019

Pour Charlotte,

Voilà quelques jours que je suis arrivé aux pays des fous furieux, les Parisiens !
Je n’ai jamais vu autant de gens pressés ni aussi stressés.

On dit que leur vie se résume à « métro, boulot, dodo » et maintenant je comprends pourquoi. A peine sortis de chez eux, les voilà déjà engouffrés dans une course contre la montre : le matin, c’est la bagarre pour monter dans une rame de métro. Les plus calmes restent à quai et attendent le suivant, mais ils sont rares ;  les plus agités se précipitent à peine les portes ouvertes sans laisser les passagers voulant descendre… descendre. Une sorte de poussée d’Archimède version des temps modernes. Ils se bousculent, se disputent voire s’insultent pour les plus impolis !

Arrivés à destination, ils remontent à la surface, et là, c’est à nouveau du « speed » comme ils disent. Je les regarde marcher à toute vitesse, certains courent même de peur d’arriver en retard, ou tout simplement, pour suivre le rythme de leur lièvre. Je ne comprends pas leurs codes et pour être honnête, je me demande même si ils en ont : du savoir vivre, du savoir être.
Je suis certaine que ce sont ces mêmes gens qui vont prêcher la bonne parole et donner des conseils en communication à leurs collègues ou se plaindre de l’absence de communication dans leur entreprise.

Ce quartier d’affaires qu’est La Défense avec ses hauts buildings en est la caricature même. Une véritable fourmilière humaine : les gens se croisent mais ne se regardent pas, ne se parlent pas. Pas même un bonjour, un bon après-midi ou un bonsoir. Ils font leur journée de travail et repartent dans leur souterrain. Et rebelote. A nouveau, ils regardent leurs chaussures ou ils ont le regard fixé sur leur téléphone avec une seule hâte : celle de rentrer chez eux et s’enfermer, exténués de leur journée, aussi stressante qu’ennuyeuse à mourir.

Crois-tu qu’ils soient heureux ? Je ne le pense pas. Ils ont tout à portée de main ; les sorties culturelles, les balades parisiennes, la musique, l’opéra, le théâtre, mais ils ne voient rien de tout cela. Rien qui pourrait leur aérer l’esprit ! C’est vrai qu’ils manquent d’espaces verts, emmitouflés dans leur béton quand ce n’est pas dans les souterrains.

Je te le dis : j’avais hâte de venir à la Capitale, mais, maintenant que j’y suis, ma seule envie est de revenir, et vite, au village. Notre village calme et serein où il fait bon vivre, au milieu des nos animaux et dans nos forêts aux couleurs somptueuses quelle que soit la saison.
Sortir de ce gris, de cette ville de fous furieux qui ne profitent de rien. Je ne leur jette pas la pierre bien, au contraire, je les plains même. Je me rends compte de notre qualité de vie et je veux la préserver.

Mon souhait le plus cher : ne jamais ressembler à ce troupeau de moutons ou ces fourmis. Nos bêtes, je préfère les regarder vivre heureuses, à l’état naturel dans nos campagnes !

Je compte les jours … Mais ne prends pas la peine de m’écrire, si je passe au travers des grèves et manifestations, avec un peu de chances je serais revenue d’ici deux jours …

Bisous bétonnés mais pleins d’amitié 🙂

Charles