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Bavarde ou pas

Contrairement à ce que vous pouvez croire mon double n’est pas en tous points semblable à moi. Elle est dans l’ensemble beaucoup mieux  que moi.

Moi par exemple je suis grande, moche et j’ai les cheveux lisses. Elle est petite, belle et a les cheveux bouclés. Je suis méchante, impolie mais pas très bavarde tant dis qu’elle est gentille, aimable, influençable et bavarde. En effet ces deux êtres, moi et elle, elle et moi, qui vivent loin l’une de l’autre ne sont pas pareilles.

Comme je ne suis jamais d’accord avec elle parce que je suis têtue, on se prend toujours la tête, mais comme elle n’a pas confiance en elle, j’ai toujours le dernier mot .

 

Khmar que tu es!

Mes grands-parents, nés en Tunisie, ont transmis à leurs enfants et leurs petits-enfants toutes sortes d’expressions venant du pays.

Un soir, ne sachant pas que nous allions dîner avec eux, je suis allée m’acheter quatre beignets après les cours. Je suis arrivée chez moi, ils étaient déjà là. Mon grand-père s’est rendu compte que je ne mangeais pas beaucoup et, comme il avait appris que j’avais acheté des beignets : « Khmar (imbécile) que tu es ! On n’a pas cuisiné pour rien ! C’est darbaa (cher) la nourriture !

-Tu lui mets la rassra (angoisse), mchi-koubara (la pauvre) ! » intervint ma grand-mère

Pendant ce temps, je m’étouffais car mon grand-père m’obligeait à manger. “Smala, smala (cette expression est utilisée lorsque quelqu’un s’étouffe),  respire », me disait ma mère. J’ai malgré ça réussi à manger toute cette nourriture, qui était chère, je me suis forcée afin d’éviter la colère de mon grand-père.

“Sahalik (tant mieux pour toi), t’as presque tout mangé », ma mère continuait de m’encourager.

Je suis partie dans ma chambre, tentant d’éviter la mort en m’obligeant à manger. Mon grand-père m’a appelée alors pour les desserts et j’ai eu la terrible idée de dire “d’accord”.

Voyant que je ne mangeais pas, il a crié :  “Yatik, retourne dans ta chambre et ne reviens plus!”

C’est ce que j’ai fait, je suis partie dans ma chambre et me suis endormie.

Je parle à ma façon

Hier, je suis partie faire les courses avec ma mère. Je lui demande :

– Qu’est-ce que tu veux acheter, Oumi  (maman) ?

Je voulais faire vite pour rentrer à la maison et terminer mes devoirs et puis je ne me sentais pas bien.

Alors elle m’a répondu :

– Ji besoin di fromage, dis œufs di lait , di beurre.

Devant le rayons des boissons, j’aperçois ma boisson préférée et je demande à ma mère :

– Es que je pourrais en prendre un ?

Elle réfléchit et je lui dis :

– S’il te plaît, Oumi.

Elle me répond :

– D’accord, Benti (ma fille), tu peux en prendre car tu l’as mérité.

– Merci Oumi.

– De rien, Benti.

Un peu après avoir fini les courses, on allait rentrer du magasin, mon frère appelle ma mère, pour lui demander de rapporter son  chocolat préféré. Mais ma mère lui répond :

– Samahni  (pardonne-moi) weldi( mon fils), je suis sortie du magasin.

Alors, mon frère s’énerve et lui dit :

– Mais ça se fait pas Oumi ! Pourtant je te l’avais dit avant que  tu partes !

 

 

 

Arougoun

Durant un soir du mois de juillet 2016, j’étais en train de manger  du couscous avec ma famille quand soudainement j’ai eu la maladresse de renverser d’un geste brusque le grand plat de sauce du couscous  au centre de la table. A ce moment précis, un silence régnait dans la pièce puis ma mère est entrée dans une colère noire et  a commencé à me hurler dessus en prononçant  des mots en kabyle :

-A mé itamhinthara (tu es si maladroit) !

-roh athagamtik ivgirara agazrar (file dans ta chambre immédiatement je ne veux plus te voir) !

-kimdina ( et ne ressors pas) !

-arougoun ( Imbécile) !

Je ne comprenais pourquoi elle s’était mise dans un état pareil pour  pas grand chose mais je préférais ne rien dire et je suis parti dans ma chambre les larmes aux yeux.

R comme Rêve cauchemardesque

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double n’est pas en tous point semblable à moi.

II est, dans l’ensemble, beaucoup moins bien que moi.

Moi, par exemple, je suis curieux, travailleur, empathique ; lui, il ne s’intéresse à rien, préfère jouer sur son ordinateur et ne peut s’empêcher de rire lorsqu’il voit une personne tomber  dans la rue. J’ai les traits fins, le regard mystérieux qui, accompagné d’un sourire charmeur, me permet de séduire la plus aigrie des filles. Lui, il a le visage bouffi, des yeux de poissons et, au moins, sept dents absentes. J’ai un corps musclé, le teint frais, une élégance naturelle ainsi qu’une joie de vivre extraordinaire. Lui, il est fatigué, grossier, se plaint dès que le ciel se met à pleuvoir et est gentiment surnommé « CupCake » par ses frères car il a des poignées d’amour qui déborde de son short de bain à la plage.

En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître, ces deux êtres- moi et lui, lui et moi – qui vivent collés l’un à l’autre, ces deux êtres n’existent pas au même moment ! Lui, se lève tous les jours de la semaine pour aller en cours, alors que moi, et bien, j’apparais uniquement la nuit ! Lui est un adolescent : moi aussi je suis un adolescent qui est— comment dirais-je? imaginaire — oui, imaginaire, voilà le mot.

Comme il est jaloux de moi et qu’il m’envie, il rêve de moi toutes les nuits et n’arrive pas à m’oublier la journée. Moi, de mon côté, comme je suis gentil et que je l’apprécie, je le conseille pour qu’il change et devienne comme moi, ce qui l’agace plus qu’autre chose. Alors il me chasse et se réveille en pleurant et m’insulte, après ça, je ne suis plus qu’un cauchemar.

A comme Argenté comme une cuillère en bois

Le 16 décembre 2018, ma mère, mon oncle et moi  sommes partis pour la campagne assez tard car nous avions regardé la fin d’un film et  ma mère voulait se reposer avant prendre la voiture. Au moment où nous sommes arrivés sur l’autoroute, j’entends ma mère et mon oncle discuter à propos de leur brunch au « Baron Rouge » (un bar près du marché d’Aligre dans Paris). Je n’y prêtais pas vraiment attention, mes oreilles étaient occupées par la musique de mes écouteurs. 

-Mais quel gros con celui-là ! s’exclame mon oncle ce qui m’interpella.

-Qui ça, tonton?

-Un p’tit  branleur qui est né avec une cuillère en argent dans l’cul, me répond-il.

La grossièreté de mon oncle, seulement avec ses proches évidemment, peut plaire ou déplaire. Moi, elle me fait rire. 

-Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter autant de belles choses?

-Eh bien, je l’avais vu offrir à la table voisine, avec qui l’on avait sympathisé juste avant, une tournée d’huîtres. Alors pour créer une bonne ambiance, comme on le fait toujours, nous avons proposé de joindre nos deux tables et de faire un petit peu connaissance. 

– Bah, il m’a l’air plutôt cool ton « p’tit branleur ».

– Laisse-moi finir, tu vas comprendre. Je parlais avec une très charmante dame qui me racontait comment est-ce qu’elle avait quitté sa ville pour venir s’installer à Paris. Ce qui était drôle c’est qu’elle venait de Cavalaire (Mon oncle y possède une maison de vacances). Et puis t’as l’autre qui s’est ramené pour nous raconter qu’il connaissait très bien Cavalaire car ses parents et lui possèdaient une chaîne d’hôtel de luxe et qu’ils en avaient une à Cannes, à St-Tropez, à Monaco et à Cavalaire. Ensuite ils nous a raconté ses vacances en jet-ski dans les eaux turquoises des Maldives avec sa femme mannequin… enfin bref. Pendant vingt minutes, il nous a raconté ses bobards et la chance que nous avions de pouvoir nous offrir des maisons sur la Côte d’Azur et de ne pas avoir fini boucher. 

J’entends ma mère pouffer de rire en sentant mon oncle monter en pression au fil de son récit. 

– Sache, mon neveu, que je ne supporte pas les p’tits jeunes méprisants comme lui. Ton grand père était boucher et pourtant regarde ta mère et moi nous nous en sommes plutôt bien sortis. J’ai fais mes recherches sur lui et en fait il s’avère que Monsieur le noble est à l’accueil d’une petite auberge que tiennent ses parents dans Paris. Tu vois, ce p’tit con est argenté comme une cuillère en bois.

– C’est-à-dire?

– C’est-à-dire qu’il se vante de choses qu’il n’a pas, qu’il raconte des bobards sur sa « fortune » alors qu’il bouge pas de son trou. Ta grand-mère utilisait beaucoup cette expression. 

Fier de son clin d’œil à la grand-mère, il se remémore avec ma mère les vieux souvenirs qu’ils avaient avec « la vieille » avant de finalement s’endormir pour laisser la voiture dans un silence nostalgique. 

Paille

Depuis toujours, dans notre famille, nous fêtons les anniversaires des enfants et petits enfants , tous réunis , avec le même gâteau traditionnel , le « paille » …

Ma mère m’a raconté l’importance et le symbole de ce  gâteau de famille, et d’ailleurs mon père qui ne l’aimait pas achetait toujours un deuxième gâteau chez le boulanger.

Ma mère m’a raconté l’anecdote suivante qui s’est déroulée il y  a quatre ans :

 » Pour tes dix ans, je devais faire  moi-même  le « paille » pour la première fois, ta grand mère n’étant plus là …

Ton anniversaire était un dimanche et j’avais passé la  semaine d’avant à bien lire et relire la recette et acheter tous les ingrédients. Le samedi, j’ai commencé à faire les génoises du paille , la garniture se faisant le matin même de l’anniversaire.  Comme d’habitude , j’avais invité toute la famille et les amis.

Le  dimanche matin, jour de ton anniversaire, je me suis levée à 6h, pour tout préparer et j’ai passé une bonne partie de la matinée à faire la garniture, finalement le gâteau est magnifique, bien réussi , je suis toute fière !  et je le range au réfrigérateur…

Les invités arrivent, ça discute, ça rigole, on t’embrasse , tu es gâté de cadeaux et arrive le moment des bougies…

Je sors le gâteau du réfrigérateur, le pose sur la table de la cuisine et vais chercher des bougies dans le salon… »

Il faut savoir que nous avons une chienne qui adore regarder ma mère cuisiner et qui est très gourmande …

Ma mère poursuit : « Alors que j’étais partie chercher les bougies, à ce moment là , on entend un grand bruit de plateau  sur le sol ! c’était la chienne, qui, dès que j’ai eu le dos tourné, est entrée dans la cuisine et a essayé d’attraper le gâteau, faisant basculer le plateau sur lequel il était posé et patatra le gâteau s’est retrouvé écrasé par terre …. J’étais au bord des larmes…  »

A ce moment là, toute la famille a commencé à lancer ‘ Mazal Tov ‘et se sont mis à chanter ‘Bon anniversaire’ pour ne pas gâcher l’ambiance et me faire retrouver mon sourire. »

Cette année-là, on a fêté mon anniversaire avec le gâteau acheté en cachette par mon père et… sans le « paille « …

 

Grande y deliciosa

Un soir, mes parents, mes soeurs et moi étions invités chez des amis espagnols, les Alavaro, pour dîner. Au menu, était annoncée une grande paella familiale et une grande sangria. Il était environ 20h45 quand on arriva chez  eux. « Ah! Bienvenidos mis amigos », s’exclama Madame Alvaro heureuse de nous recevoir. Tout le monde passa à table, et pour commencer l’apéritif, madame Alvaro dit à sa fille : « Mi hija,  va dans la cuisine  chercher la grande y deliciosa sangria ». Très impatiente qu’on puisse goûter à sa sangria, elle nous dit :  » J’espère que vous allez aimer la bebida typica de Espagna ». Une fois que tout était sur la table prêt à être bu ou mangé, la famille Alvaro récita ensemble la phrase : « Buen apetito, que la cena va bien » – phrase typique chez eux qu’ils répètent avant chaque repas et qui veut dire « bon appétit et que le dîner se passe bien ».

Grand et pessimsite

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double n’est pas semblable à moi.
Il est, dans l’ensemble beaucoup moins bien que moi.
Moi, par exemple, je suis grand, joyeux, poli ; lui,il est petit, morose, insolent. J’ai d’étincelants cheveux noirs bien peignés qui subliment mon visage, lui, il a les cheveux gras et ébouriffés qui le dévalorisent. J’ai de magnifiques yeux marron que plein de monde complimente contrairement à lui qui possède de gros yeux noirs globuleux qui sont effrayants et repoussants. J’ai également un joli sourire qui met en avant mon charme alors que lui en a un qui peut paraître sarcastique.
Moi, je suis généreux avec les autres, lui, il est égoïste, il ne veut rien partager avec personne. Moi,je suis sociable mais  quand je veux faire connaissance avec de nouvelles personnes, sa timidité revient en moi et m’empêche de dire quoi que ce soit. Lui,il est pessimiste, il ne voit que le mal autour de lui tandis que moi je reste positif, je ne vois que le bon coté des choses. Il est aussi très susceptible et se braque très vite  quand quelque chose ne lui plaît pas ; en revanche, moi je prends tout à la rigolade mais je sais quand même rester sérieux quand il le faut.
En effet, ces deux êtres, moi et lui, lui et moi, qui vivons dans le même corps sommes très différents. Moi je suis parfait alors que lui est  exécrable .
Comme il est jaloux de moi, il essaye de me rabaisser et de me démoraliser mais comme j’ai confiance en moi je ne l’écoute jamais. Alors, il se vexe, je me fâche, nous n’en finissons pas .

Coincés dans l’ascenseur

C’était un jour de mariage, celui de ma tante et de mon oncle. J’étais avec mon père, une dame et un étrange monsieur dans un ascenseur mais celui-ci se coince.

« Oh nom de dieu, il fallait que ça m’arrive à moi ! » dit l’étrange monsieur. « Balaafoumouk », répliqua mon père. « Papa, ce n’est pas gentil de parler comme ça aux gens.

– Votre fils  a raison monsieur, dit la dame. Nous sommes tous coincés dans le même trou en ce moment.

– Oui, c’est clair, vous n’avez pas besoin de déchaîner votre colère sur moi, après tout nous sommes ici pour la même raison : le mariage.

– Ce mariage, s’il débute comme ça, il va me taper sur le système. Adouma, appelle les pompiers, yallah!

– Oui papa.

Quelques minutes plus tard, des cris sourds se font entendre. C’était les pompiers.

– Ah c’est pas trop tôt !

– Ça va papa?

– Non, je suis à deux doigts de péter un câble.

– Ça va aller monsieur, le problème est bientôt réglé, souriez.

– Nabouk keleb, il est fou lui ou quoi?

– Mais papa, calme-toi, il a dit que le problème était bientôt réglé.

Finalement les pompiers ont réussi à décoincer l’ascenseur au bout de deux heures.

– Oh doux Jésus, dit l’étrange monsieur.

– Papa où tu vas ?

– On rentre !

– Mais monsieur, vous n’avez même pas assisté au mariage. Venez vous amuser !

– Madame avec tout le respect que je vous dois, je n’ai aucun compte à vous rendre et, si je vais à ce mariage, il risque d’y avoir des blessés donc je préfère éviter.

– Viens Adouma on rentre!

– Mais papa, maman elle doit être déjà là-bas. On peut y retourner s’il te plaît ?

– N’insiste pas, tu commences à m’énerver encore plus.

Au bout de quelques minutes d’insistance, il céda. Nous y retournâmes et mon père retrouva le sourire.