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Ensoleillée

Célia a les pommettes roses, un sourire radieux et les yeux remplis de bonheur, les sourcils jamais froncés et le menton haut, la démarche droite et déterminée. Elle parle avec une voix aiguë, un sourire si grand que ça fait mal aux joues rien qu’à le regarder. Ces mots toujours remplis de gaieté, elle voit toujours le bon côté des choses. Elle essaie de baisser la mauvaise tension dans l’air et de rendre tout le monde heureux lorsqu’il y a un problème, sa bonne humeur en est presque perturbante aux yeux des autres. Elle parle toujours des belles choses de la vie, comme le soleil qui réveille le monde et les fleurs, on pourrait croire qu’elle essaie de se persuader que tout va bien dans ce monde rempli de problème. Elle fait de son mieux pour faire rire les gens. Personne ne sait vraiment de choses personnelles à propos d’elle, mis à part son attitude et la vie rose qu’elle voit. Lorsqu’elle sourit, les gens autour d’elle semble sourire aussi, elle rayonne de joie.

Elle est sympathique, gentille, humble, enjouée, drôle, souriante, elle a de la compassion. Elle est optimiste.

Adolescents Surprenants

De Charenton-Le-Pont, Paris, Le 04 février 2019.

Pour Tiffany,

Bonjour! C’est Miyu, ta correspondante japonaise, j’espère que tout va bien de ton côté au Japon. Ici en France tout va bien. C’est marrant car il y a des différences entre les adolescents français et japonais.
Dès que les filles veulent te saluer, elles s’approchent et envahissent ton espace personnel en faisant quelque chose qu’elles appellent « la bise ». Cela consiste à juste se frôler les joues et faire un son similaire à un bisou. Lorsque ce sont des garçons que veulent te saluer, ils te tendent leur main droite, au début je ne comprenais pas exactement pourquoi alors j’ai copié leur geste. Ils rejoignent nos mains, geste parfois suivi d’un poing contre poing, parfois juste se les frottant. Étrange.

Ils ne t’appellent pas par ton nom mais par ton prénom même si on se connait pas forcément si bien. Ils ont tous un téléphone portable et, dès que les cours finissent, ils le sortent pour prendre des vidéos ou photos de leurs amis. Pour garder quelque chose qu’ils appellent « un dossier », ce qui consiste à avoir quelque chose de marrant contre la personne qui a été capturé par le portable. Amusant.

Les élèves au collège n’ont pas d’uniformes comme nous au Japon. Je peux donc comparer leurs styles vestimentaires aux nôtres. À quoi bon avoir des jeans pleins de trous très grands? Quant aux garçons, leurs pantalons sont tellement bas qu’on peut voir leurs sous-vêtements. Est ce qu’il a des ceintures en France? Surprenant.

J’ai eu un moment de confusion également. Lorsque quelqu’un dans un groupe de gens chantonnait « Bonsoir Paris~ » tout le reste du groupe répondaient « yeh~! » Est-ce une secte? Intéressant.

Ce qui m’avait impressionné aussi, c’était quand un élève avait un paquet de chips, tout le monde venait se rassembler autour du paquet pour en réclamer une « petite poignée ». De fil en aiguille, il restait qu’une poignée à l’élève à qui appartenait le paquet. Impressionnant.

Je trouve cet échange scolaire très intéressant. Il m’a permis d’apprendre pleins de choses, et de savoir comment les autres adolescents de mon âge agissent dans un autre pays.

Une histoire de riz

Les discussions entre ma sœur et moi sont souvent mélangées de français et de japonais. On appelle ça le franponais, et ce qui est bien avec le franponais c’est que seules ma soeur et moi pouvons comprendre ce que nous nous disons.

Comme tous les soirs, je suis dans ma chambre, allongée, en train de regarder mon téléphone. Soudain, le bruit familier de clé au contact de la serrure résonne dans l’appartement. C’est ma mère qui rentre du travail. Ma soeur et moi sortons de nos chambres respectives, en parfaite unisson comme si on s’était préparées ça. Après avoir échangé quelques mots, ma mère s’exclame : » L’une d’entre vous, allez faire le riz. » Par réflexe ma sœur et moi crions en même temps « Pas moi! », en nous lançant des regards de mort. « C’est toujours moi qui fais le gohan*! » Je pointe du doigt la cuisine, je ne mens pas, c’est toujours moi qui fais le riz. « Oui mais moi je travaille! » Aïe, elle a un point. « Yamenasai!** » ma mère dit d’une voix fatiguée, en poursuivant avec « Tiffany va vite faire le gohan. » « Mais Okaasan!*** » « Pas de mais! » Je regarde vers ma sœur qui me sourit diaboliquement. « Baka**** » Je marmonne dans mes cheveux en espérant que ma sœur n’entende pas ce que je viens de dire. « Elle a dit quoi la petite! » « Rien du tout! » Ces histoires de la vie quotidienne non ni queue ni tête, c’est notre truc à nous.

*Riz
**Arrêter
***Maman
****Idiote

Le feu et la glace

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double ne me ressemble pas, nous avons nos différences mais, malgré ces différences, je peux voir des liens entre elle et moi.

Moi, par exemple, je suis grande, mince et j’ai belle allure, elle, elle est petite, potelée avec le dos recroquevillé. J’ai de long cheveux bruns lisses et soyeux avec un grain de beauté sur la lèvre inférieure qui me donne un charme unique. Elle, elle a des cheveux gras et des cernes lourdes qui semblent être remplies de nuit sans sommeil. Je suis toujours heureuse à l’idée de parler à de nouvelles personnes mais elle, tout au contraire, est froide et repousse toute idée de sociabilisation par peur de se faire juger. Et lorsque je me sens confiante à l’idée de faire de nouvelles choses, je la sens m’attraper les bras, m’empêchant de respirer, je suis comme asphyxiée dans ce grand trou noir de sa peur. Le regret me ronge parfois à cause d’elle, je la déteste pour ça. Lorsque je me sens m’envoler au delà des normes, elle apparaît et attrape mes ailes.

Je me sens comme son pantin, elle guide mes actions avec des fils, me rendant colérique, pessimiste, flemmarde et complexée. Mais je trouve toujours un moyen de déjouer ses tours et de redevenir rayonnante et pleine de joie. Je suis le feu et elle est la glace, ennemies et pourtant coincées ensemble. Et, quand j’arrive enfin à m’en débarrasser, elle me regarde de loin, nous n’en finissons pas.