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Uniquement moi

Tom a le teint frais. Il est merveilleux et surpasse tout le monde. Du moins, il essaye de nous en persuader. Il n’aide pas les gens qui en auraient besoin, mais n’accepte pas qu’on ne l’aide pas. Il aime recevoir, mais pas donner. Il sait tout, pense t-il, mais jamais il ne partagera ses connaissances avec son entourage, inférieur à lui d’après ses paroles.

Il n’offre jamais de cadeaux pour les anniversaires, mais exige en avoir un quand le sien arrive. Il ne vit que pour soi et les autres  sont à son égard comme s’ils n’étaient point. Il ne pleure pas la mort des autres mais appréhende uniquement la sienne. 

Il n’invite jamais personne à dîner, après tout pourquoi le faire quand ont peut rester avec soi-même ? Il ne partage pas ce qui lui est propre, et… aussi ce qui ne lui est pas. 

Il raconte ses problèmes aux autres, mais fait la sourde oreille quand on aimerait lui faire part des nôtres. Il ne prête attention qu’aux histoires dont il est le héros.

C’est le seul humain présent et important, si l’on en croit ses mots.

Evidemment, Tom est égoïste.

Moutons

De Paris, le 4 février, 2019.

Je trouve le style de vie et la mode , chez les jeunes Parisiens, étonnants. Cela fait maintenant deux semaines que je suis hébergée par cette étrange famille parisienne, et je dois avouer que leur mode de vie me surprend.

Tous les jeunes, presque sans exception, achètent et portent les mêmes vêtements. Acheter un sweat uni, pas si cher que ça est une bonne idée. Eux, en achètent un avec un logo en plus, pour le même prix, voire plus cher qu’un téléphone. Ils s’habillent de la même façon inconsciemment, et traitent quelqu’un de “mouton” s’il porte les mêmes chaussures qu’une autre personne.

Tous les adolescents utilisent aussi les mêmes expressions, comme ces “wesh” que j’ai pu entendre.  J’étais étonnée du nombre de jeunes qui prononçaient ces expressions.

C’est la même chose pour les téléphones. Si un adolescent ne possède pas la dernière génération d’une marque de téléphone, c’est un “bolosse” comme ils disent. Si un autre adolescent obtient la dernière version du téléphone, c’est un “pigeon”.

Quoi que les Parisiens fassent, ils se font critiquer. Les jeunes portant de la marque traînent un groupe, les rares adolescents portant de simples habits restent seuls. La musique fait également partie de cette catégorie. Plusieurs jeunes écoutent du rap, tous les jeunes s’y mettent, et ça n’en finit pas.

Parlons encore de la jeunesse, qui je précise sont énormément mal élevés, insultent, désobéissent à leurs parents, contrairement à nous. Il suffit d’un « Peux-tu faire tes devoirs s’il te plaît ? » pour déclencher la troisième guerre mondiale. Je suis hébergée dans cette famille, et j’ai le malheur de vivre avec trois adolescents parisiens. Si je rentre dans la chambre d’un d’entre eux pour poser une question, même intelligente, je reçois la même réaction que si j’avais tué leur chien.

Bien sûr, essayant d’être à la mode et de se démarquer, les Parisiens utilisent l’anglais pour parler, ils pensent que prononcer des mots de notre langue leur aidera à se sentir supérieurs. Placer un mot comme “anyway” au milieu d’une phrase fait d’un Parisien une personne exceptionnelle et moderne.

Les Parisiens sont aussi tout le temps connectés. Il leur suffit d’être dans les transports et de ne plus avoir de réseau pour les rendre plus furieux qu’un adolescent se faisant confisquer son téléphone. S’ils n’ont pas de réseau, il ne vaut mieux pas leur adresser un mot.

Tu rêves de Paris comme la parfaite destination, mais ton imagination te joue des tours. Paris est « surcôté » comme il est prononcé de leurs bouches, ou « surestimé ». Le Paris que tu attends de connaître ne sera jamais comme celui de tes espoirs, c’est pour cela que je t’écris cette lettre. Pour te préparer à ton avenir que tu veux construire à Paris.

Shely à Finn, à Vancouver.

Khmar que tu es!

Mes grands-parents, nés en Tunisie, ont transmis à leurs enfants et leurs petits-enfants toutes sortes d’expressions venant du pays.

Un soir, ne sachant pas que nous allions dîner avec eux, je suis allée m’acheter quatre beignets après les cours. Je suis arrivée chez moi, ils étaient déjà là. Mon grand-père s’est rendu compte que je ne mangeais pas beaucoup et, comme il avait appris que j’avais acheté des beignets : « Khmar (imbécile) que tu es ! On n’a pas cuisiné pour rien ! C’est darbaa (cher) la nourriture !

-Tu lui mets la rassra (angoisse), mchi-koubara (la pauvre) ! » intervint ma grand-mère

Pendant ce temps, je m’étouffais car mon grand-père m’obligeait à manger. “Smala, smala (cette expression est utilisée lorsque quelqu’un s’étouffe),  respire », me disait ma mère. J’ai malgré ça réussi à manger toute cette nourriture, qui était chère, je me suis forcée afin d’éviter la colère de mon grand-père.

“Sahalik (tant mieux pour toi), t’as presque tout mangé », ma mère continuait de m’encourager.

Je suis partie dans ma chambre, tentant d’éviter la mort en m’obligeant à manger. Mon grand-père m’a appelée alors pour les desserts et j’ai eu la terrible idée de dire “d’accord”.

Voyant que je ne mangeais pas, il a crié :  “Yatik, retourne dans ta chambre et ne reviens plus!”

C’est ce que j’ai fait, je suis partie dans ma chambre et me suis endormie.

La lumière et les ténèbres

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double n’est pas en tous points semblable à moi. 

Elle est, dans l’ensemble, beaucoup moins bien que moi.

Moi, par exemple, je suis généreuse, et gentille. Mais quand il s’agit de payer des frites à quelqu’un, elle apparaît en moi avec son égoïsme. J’ai de simples yeux marrons. Elle, a les yeux fatigués, et creusés, et quand je me regarde dans le miroir, ce sont ses yeux que j’aperçois. Moi, je suis bienveillante, extravertie, sociable, complaisante et calme. Elle, est la parfaite représentation de la timidité, de l’asocialité, de la jalousie et de la colère. Moi, je suis toujours énergique, mais en regardant Netflix, elle prend le dessus avec sa flemme, aussi grincheuse que nos parents quand on met nos pieds sur la table. Moi, je suis toujours joyeuse, quant à elle, elle est toujours aussi déprimée qu’un adolescent ayant perdu son téléphone. Je suis très sportive et je prends soin de mon alimentation, mais elle, étourdie comme elle est, me rattrape sans arrêt pour m’emmener au McDonald’s d’à côté. 

En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître, ces deux êtres – moi et elle, elle et moi – qui vivent collées l’une à l’autre, sont loin d’être semblables. Le chaud et le froid. La lumière et les ténèbres.

Comme elle essaye toujours de me reprocher quelque chose, je riposte et le fais en la ridiculisant. Comme je l’accuse de m’humilier, elle se fâche et je fais de même. Nous n’en finissons pas.