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Tautogramme

« Pendant la pandémie, les paléontologues, les pantins, les perfides et tous les persifleurs pantouflaient paresseusement sur la plage. Ils étaient pourtant pâlichons et se pâmaient. Mais ils piaffaient et ils pouffaient de ne pouvoir poursuivre les palombes, de ne pas pouvoir prétendre à des pamplemousses ou à des pancakes. Ils pressentaient un mauvais tour de passe-passe. Pitoyable. Ils auraient peut-être préféré qu’on leur passe une pilule pour planter des patates dans leur potager et se prémunir de la piqûre. »

Ce texte s’appelle un tautogramme !

Deux possibilités :

  • Vous vous lancez dans un texte comme celui-ci où tous les mots commencent par la même lettre (ou à peu près, les mots outils peuvent échapper à la règle).
  • Vous écrivez 26 phrases avec les 26 lettres de l’alphabet en tautogramme. Au moins 5 mots par phrase commençant par la même lettre : ex A : À Angers, Aristide asticote les abricots avec Anatole. Acrobatique ! B : Bernard butine, broute, bricole et bavarde bruyamment. Quel boulet ! Etc…

B comme Boule de Neige

Une boule de neige de longueur n est un poème dont le premier vers est fait d’un mot, le second de deux mots, le trosième de trois mots, etc…. Le nième vers a n lettres. On peut aussi faire fondre la boule de neige : elle grossit jusqu’à n, puis fond pour revenir à un seul mot.

Ici

un petit

atelier d’écriture :

la     boule     de     neige

grossit, grossit, jusqu’à devenir

énorme et renverser tout sur son

passage et puis redescend la

pente pour s’écraser

tout en bas

de    la

page.

Il existe des boules de neige métriques. La plus célèbre est celle des Djinns de Victor Hugo :

Murs, ville
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà, s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! — Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle, penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon.

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! — Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde ;
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : —
Tout fuit,
Tout passe ;
L’espace
Efface
Le bruit.

Victor Hugo, Les Orientales, 1829

C comme au Conditionnel

Au conditionnel

Si je savais écrire, je saurais dessiner.

Si j’avais un verre d’eau, je le ferais geler et je le conserverais sous verre.

Si on me donnait une motte de beurre, je la ferais couler en bronze.

Si j’avais trois mains, je ne saurais où donner de la tête.

Si les plumes s’envolaient, si la neige fondait, si les regards se perdaient, je leur mettrais du plomb dans l’aile.

Si je marchais toujours tout droit devant moi, au lieu de faire le tour du globe, j’irais jusqu’à Sirius et au-delà.

Si je mangeais trop de pommes de terre, je les ferais germer sur mon cadavre.

Si je sortais par la porte, je rentrerais par la fenêtre.

Si j’avalais un sabre, je demanderais un grand bol de Rouge.

Si j’avais une poignée de clous, je les enfoncerais dans ma main gauche avec ma main droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je me perdrais bientôt de vue.

Jean Tardieu, L’accent grave et l’accent aigu.

À la façon de Jean Tardieu, écrivez, à votre tour, une dizaine de phrases, construites sur le même modèle — deux propositions :

  • la proposition subordonnée : Si… avec un verbe à l’imparfait
  • , (les deux propositions sont séparées par une virgule)
  • la proposition principale : … avec un verbe au conditionnel présent.

Ne soyez pas trop sages 🙂 !

I comme Inventaire

Un inventaire est le recensement de tous les objets appartenant à une personne ou à un lieu, à un moment donné. On parle, par exemple, de l’inventaire de fin d’année pour un magasin, qui compte tout ce qui n’a pas été vendu au 31 décembre.

Dans l’atelier d’écriture, l’inventaire consiste à relever et présenter sous forme de liste un certain type de mots dans un poème donné (substantifs, ou verbes, ou adjectifs, ou substantifs et adjectifs…)

Je vous donne un début d’exemple pour le confinement :

Être confiné

Dormir, ronfler, paresser, se reposer, s’allonger…

Boulotter, manger, dévorer, déguster, grignoter…

À vous d’imaginer une vingtaine de verbes (ou de noms, ou d’adjectifs) qui décrivent votre confinement !

Voici un exemple plus littéraire de Georges Perec, qui, en plus de faire l’inventaire, raconte aussi une histoire !

 Déménager

             Quitter un appartement. Vider les lieux. Décamper. 

Faire place nette. 

Débarrasser le plancher.

Inventorier ranger classer trier

éliminer jeter fourguer

Casser

Brûler

Descendre desceller déclouer 

Décoller dévisser décrocher

Débrancher détacher couper tirer 

Démonter plier couper

Rouler

Empaqueter emballer sangler 

Nouer empiler rassembler

Entasser ficeler envelopper 

Protéger recouvrir entourer 

Serrer

Enlever porter soulever

Balayer

Fermer

Partir.

Georges Pérec

S comme Substantif+7

La méthode S+7 consiste à remplacer chaque substantif (S) d’un texte préexistant par le septième substantif trouvé après lui dans un dictionnaire (S+7) donné. Substantif signifie ici nom commun. Reconnaîtrez-vous le texte ci-dessous ?!

La Cimaise et la Fraction

La cimaise ayant chaponné
Tout l’éternueur
Se tuba fort dépurative
Quand la bixacée fut verdie :
Pas un sexué pétrographique morio
De moufette ou de verrat.
Elle alla crocher frange
Chez la fraction sa volcanique
La processionnant de lui primer
Quelque gramen pour succomber
Jusqu’à la salanque nucléaire.
« Je vous peinerai, lui discorda-t-elle,
Avant l’apanage, folâtrerie d’Annamite !
Interlocutoire et priodonte. »
La fraction n’est pas prévisible :
C’est là son moléculaire défi.
« Que ferriez-vous au tendon cher ?
Discorda-t-elle à cette énarthrose.
– Nuncupation et joyau à tout vendeur,
Je chaponnais, ne vous déploie.
– Vous chaponniez ? J’en suis fort alarmante.
Eh bien ! débagoulez maintenant. »

Raymond Queneau

A comme Abécédaire

Texte où les initiales des mots successifs suivent l’ordre alphabétique.

Exemple :

Inventaire : A brader : cinq danseuses en froufrou (grassouillettes), huit ingénues (joueuses) kleptomanes le matin, neuf (onze peut-être) quadragénaires rabougries, six travailleuses, une valeureuse walkyrie, x yuppies (zélées).

T comme Tautogramme

Un tautogramme est un texte dont tous les mots commencent par la même lettre.  Vous verrez ici un joli travail de Georges Perec, que vous connaissez bien maintenant. Mais je vous propose un travail plus simple, allez à la suite de ce texte… et vous connaîtrez votre exercice !

Chapitre cent-cinquante-cinq (copie certifiée conforme)

Ça commença comme ça : certaines calomnies circulaient concernant cinq conseillers civils coloniaux : contrats commerciaux complaisamment conclus, collaborateurs congédiés, comptabilités complexes camouflant certains corruptions crapuleuses, chantages comminatoires, concussions classiques… Croyant combattre ces charges confuses, cinquante commissaires-chefs comiquement conformes (cheveux châtain clair coupés courts, costume croisé, chemise couleur chair, cravate café crème, chaussures cloutées convenablement cirées) contactèrent certain colonel congolais causant couramment cubain. « Cherchez chez Célestin, Cinq Cours Clémenceau », chuchota ce centenaire cacochyme constamment convalescent, « car ce célèbre café-concert contrôle clandestinement ces combines criminelles. » Cinq commissaires chevronnés coururent courageusement Cours Clémenceau. Cependant, coïncidence curieuse, Cinq catcheurs corpulents, cachés chez Célestins, complotaient contre cette civilisation capitaliste complètement corrompue. Ces citoyens comptaient canarder certain chef couronné considéré comme coupable. Commissaires certifiés contre champions casse-cou : choc colossal ! Ca castagna copieusement. Conclusion : cinquante clients contusionnés, cinq cardiaques commotionnés, cinq cadavres ! Ce chassé-croisé cauchemardesque chagrina chacun.

Georges Perec

À vous, les élèves, voici l’exercice : avec chacune des 26 lettres de l’alphabet, je vous propose d’écrire une simple phrase en tautogramme. Au moins six mots qui commencent par la même lettre. Vous avez le droit pour les mots d’une ou deux ou trois lettres de vous affranchir de la règle :

Alexis arriva à Angers avec Aristide, l’âne, abasourdi d’avoir attaqué des asperges.
Brutus, bricoleur, barbota beaucoup de babioles et de bonbons bariolés sur le Boustrophédon.

Zoé, la zébrette zarbie, zigouillait les zigotos qui zigzaguaient sur son zinc.

Pour trouver des idées, vous pouvez évidemment utiliser un dictionnaire. En ligne, le TLF (Trésor de la Langue Française) est très pratique pour ce genre d’exercices ! Amusez-vous bien…

A comme Acrostiche

A partir d’un nom ou d’un mot donné, l’acrostiche est un poème qui compte autant de vers que ce mot compte de lettres, et dont le premier vers commence par la première lettre du mot, le deuxième par la deuxième, et ainsi de suite.

Voici un exemple d’acrostiche, qui multiplie les difficultés ! Sauriez-vous dire lesquelles ?

Autodescription

Osons lever le voile :
La vie alors se révèle et voilà le vrai.
Il se verra rêve éveillé,
Valse ensoleillée, voilier ivre.
Il a le rôle :
Éveiller les sens, sans en avoir l’air.
Rallier lèvres, sons, salive.
Sonner le la sans énerver les vilains,
À loisir raisonner, laisser résonner à l’envi,
La verve, les vers en vrille,
Ô le rire, le rire
Né : la liaison.
Olivier Salon

G comme Giton, La Bruyère, Les caractères

Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l’oeil fixe et assuré, les épaules larges, l’estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l’entretient, et il ne goûte que  médiocrement tout ce qu’il lui dit. Il déploie un ample mouchoir et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin, et il  éternue fort haut. Il dort le jour, il dort la nuit, et profondément ; il ronfle en compagnie. Il occupe à table et à la  promenade plus de place qu’un autre. Il tient le milieu en se promenant avec ses égaux ; il s’arrête, et l’on s’arrête ; il  continue de marcher, et l’on marche : tous se règlent sur lui. Il interrompt, il redresse ceux qui ont la parole : on ne  l’interrompt pas, on l’écoute aussi longtemps qu’il veut parler ; on est de son avis, on croit les nouvelles qu’il débite. S’il  s’assied, vous le voyez s’enfoncer dans un fauteuil, croiser les jambes l’une sur l’autre, froncer le sourcil, abaisser son  chapeau sur ses yeux pour ne voir personne, ou le relever ensuite, et découvrir son front par fierté et par audace. Il est  enjoué, grand rieur, impatient, présomptueux, colère, libertin, politique, mystérieux sur les affaires du temps ; il se croit  du talent et de l’esprit. Il est riche.

La Bruyère Les caractères « Des biens de fortune » (83), 1688