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Lente et endormie

Elle a la peau claire, le visage fatigué et les cernes gonflés, l’oeil vide qui tremble, le dos arrondi, la démarche lente et endormie. Elle sort toujours après la station de métro où elle devait sortir. Elle part de chez elle à 8h19 sachant qu’elle habite à 15 min de l’école et que les cours commence à 8h25. Elle arrive toujours le soir à ses rendez-vous  qui sont prévus dans la journée. Elle parle, puit s’endort directement comme un paresseux. Elle n’a jamais pris l’avion, vous avez compris pourquoi !

Elle est fatiguée, courbée, paresseuse, mystérieuse, rêveuse ; elle ne veut jamais rien planifier. C’est une retardataire.

Poilu et mal coiffé

                                                                                         De Paris, le 17  mai 2018.

Alors tu voulais que je te parle de la mode des coiffures chez les jeunes Français, c’est vraiment étonnant. Ils réfléchissent tous les jours à la coiffure qu’ils vont faire la semaine prochaine, ils en oublient même leur dernière leçon d’histoire. Mais, surtout, on ne saurait croire combien tout cela coûte aux parents de mettre leurs enfants à la mode, ça change vraiment des voiles.

Que sert d’avoir des chignons énormes et des énormes vagues de cheveux plaqués au gel sur le front, d’avoir une coiffure et une barbe taillées parfaitement droites à la  lame dont aucun cheveu ne dépasse ? 

Un jeune qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne en revient aussi poilu et mal coiffé qu’un soldat revenant de la guerre. Quelquefois, les coiffures montent insensiblement, c’est la mode des années 1717 qui revient -avec la hauteur immense des parures, qui mettait le visage d’une femme au milieu d’elle-même. J’ai souvent vu des garçons mettre une casquette parce que quelques cheveux ont poussé sur leur tête et ont abîmé leur sublime contour.

Moi, personnellement, je me suis sentie comme une extraterrestre, avec ma coiffure « de l’antiquité », comme dirait ma colocataire. Les jeunes changent de coiffures selon le degré de popularité. Les plus populaires doivent avoir les coiffures les plus belles, les plus originales et sans aucun défaut, les moins populaires inspirent les plus jeunes et les plus « ringards ». Les populaires sont des moules qui donnent la forme à tous les autres, mais s’il savaient qu’ils ont deux années de retard sur les Américains… Ils ont les mêmes coiffures que les New Yorkais il ya deux ans durant notre voyage scolaire.

Amelia à Milla, à Dubaï

Pas crier

21 mai 1997, ma mère, accompagnée de ma grand mère, se présente devant la maternité. A la fin de l’accouchement, la sage femme après avoir observé ma mère, déclare sur ce ton de moquerie que ma mère n’a pas oublié : encore un enfant sans son père.

Ma grand mère la remercie comme si elle la félicitait, mais moi, me dit ma mère, cette phrase me rend folle, je la réceptionne comme une offense, comme un ingiuria. Alors quand se trouve dans la rue je me mets à gridare (moi: à crier), à crier. Encore un enfant sans père, tu comprends ce que ça veut dire ? Plus doucement per l’amore di Dio, implore Ma mère qui est une femme très éclipsée. Ça veut dire, je bouillais ma chérie je bouillais, ça veut dire que je serais une mère indigne, bien bête. Ça veut dire que tous les commentaires sur toi ma fille, je les accepterai. Ça veut dire que je présenterai toutes les garanties d’une perfecte idiote. Ça veut dire que chaque fois qu’on me dira que mon enfant n’aura pas de père et qu’en plus il faudra lui dire grazie mille avec cet air de femme abandonnée qui me va si bien. Signore Gesù, murmure ma mère la mirade alarmée, plus bas on va t’ouïr. Et moi grida encore plus fort: je m’en fou qu’on m’ouit, je veux pas être la pute de la ville, j’aime mieux faire la bonniche et nettoyer du caca ! Per l’amore dal cielo, me supplique ma mère, ne dit pas ces bêtises. Elle ne m’a même pas proposée à boire, je lui dis révoltée, ni même félicitée, je me ricorde (moi: je me rappelle), je me rappelle brusquement que je souffre d’une bruciatura au pied, brûlure si tu veux, mais ne me rectifie pas chaque mot sinon j’y arriverai jamais.

Alors ma mère pour me pacifier me rappelle à voix susurrée les bénéfices considérables qui m’espèrent si je suis le seul parent de ma fille : je serai la femme la plus heureuse, qu’aucun homme ne pourra me séparer d’elle, que cette enfant me donnera tout son amour et que mon enfant ne sera traumatisé devant aucune scène de ménage. Un an plus tard j’ai croisé cette sage femme avec un enfant qui parlait au téléphone, de pension alimentaire, je l’ai stoppé pour lui dire avec un ton moqueur « encore un enfant sans son père ». Cette femme, ma chérie, est tombée a pic nommé.

 

Grincheuse et bienveillante

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double n’est pas en tous points semblable à moi.

Elle est, dans l’ensemble, beaucoup moins bien que moi, mais à chaque fois elle prend le dessus.

Moi, je suis belle, grande, ronde et joyeuse. Elle, elle est moche petite, sans chair et grincheuse. Par exemple, moi je suis vive mais, quand je dois faire le ménage, elle prend le dessus avec sa flemme. Moi, j’ai un beau nez mais quand je me regarde dans le miroir, c’est elle qui apparaît dans le miroir avec son nez moche et crochu. Moi, je suis, sociable, bienveillante, j’oublie et pardonne vite. En revanche, elle, oh! lala! elle est asociale, rancunière et elle soupçonne tout le monde  du pire. Moi, je suis courageuse mais, quand je suis prête à m’élancer sur le grand toboggan de l’Aquaboulevard, elle apparaît encore en moi avec sa peur.

En effet, ces deux êtres – moi et elle, elle et moi, qui sommes toujours ensemble, ces deux êtres sont opposés. Moi, je suis l’ange alors qu’elle est le diable.

Comme elle s’ennuie, dans ma tête elle cherche toujours de quoi me faire honte. Nous n’en finissons pas.

 

Souletie Fatoumata