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Etrange comme ville

De Charenton-Le-Pont, le 7 février 2019

pour Charlotte,

Salut , j’espère que tu vas bien.

Cela fait une semaine que je suis arrivée à Paris. Je me balade souvent sur l’avenue des Champs-Elysées et je remarque que beaucoup personnes se promènent avec un objet qu’ils appellent « smartphone ».

Certains d’entre eux parlent tout seul, je suppose donc qu’ils sont en conversation avec quelqu’un. D’autres tapent du pied, dansent et chantent en même temps ; j’en déduis qu’ils écoutent de la musique . Ah oui ! le meilleur reste quand même ceux qui sourient à leur téléphone : j’ai fini par comprendre qu’ils se prenaient en photo. Ils appellent ça un « selfie », tu devrais les voir prendre des poses de stars. pourtant je vois bien que ce ne sont pas des mannequins !

En plus de cela , les gens son vraiment irrespectueux : par exemple, dans les transports en commun, ils sont sans gêne et écoutent de la musique sans écouteur. Ce qui signifie que nous en profitons aussi. C ‘est comme ça que j’ai écouté du rap français ou encore du Mozart quand la sonnerie d’un téléphone s’est déclenchée. C’est vraiment agaçant. J’ai aussi profité de la conversation téléphonique de ma voisine qui parlait de chaussures avec sa copine. Tu sais que j’aime les chaussures mais là , je t’avoue que c’est pénible. Ils doivent s’imaginer être seuls au monde, dans leur monde.

Abrutie par toutes ces nuisances, je n’ai qu une seule envie, c’est de retourner dans notre campagne au plus vite. Dans notre campagne silencieuse, et n’avoir comme musique que le chant des oiseaux. Paris a beau être la capitale, je préfère mille fois notre village où il fait bon vivre et où les gens se parlent…

ta correspondante Lana , la villageoise

Poussée d’Archimède

De Charenton-Le-Pont le 05 février 2019

Pour Charlotte,

Voilà quelques jours que je suis arrivé aux pays des fous furieux, les Parisiens !
Je n’ai jamais vu autant de gens pressés ni aussi stressés.

On dit que leur vie se résume à « métro, boulot, dodo » et maintenant je comprends pourquoi. A peine sortis de chez eux, les voilà déjà engouffrés dans une course contre la montre : le matin, c’est la bagarre pour monter dans une rame de métro. Les plus calmes restent à quai et attendent le suivant, mais ils sont rares ;  les plus agités se précipitent à peine les portes ouvertes sans laisser les passagers voulant descendre… descendre. Une sorte de poussée d’Archimède version des temps modernes. Ils se bousculent, se disputent voire s’insultent pour les plus impolis !

Arrivés à destination, ils remontent à la surface, et là, c’est à nouveau du « speed » comme ils disent. Je les regarde marcher à toute vitesse, certains courent même de peur d’arriver en retard, ou tout simplement, pour suivre le rythme de leur lièvre. Je ne comprends pas leurs codes et pour être honnête, je me demande même si ils en ont : du savoir vivre, du savoir être.
Je suis certaine que ce sont ces mêmes gens qui vont prêcher la bonne parole et donner des conseils en communication à leurs collègues ou se plaindre de l’absence de communication dans leur entreprise.

Ce quartier d’affaires qu’est La Défense avec ses hauts buildings en est la caricature même. Une véritable fourmilière humaine : les gens se croisent mais ne se regardent pas, ne se parlent pas. Pas même un bonjour, un bon après-midi ou un bonsoir. Ils font leur journée de travail et repartent dans leur souterrain. Et rebelote. A nouveau, ils regardent leurs chaussures ou ils ont le regard fixé sur leur téléphone avec une seule hâte : celle de rentrer chez eux et s’enfermer, exténués de leur journée, aussi stressante qu’ennuyeuse à mourir.

Crois-tu qu’ils soient heureux ? Je ne le pense pas. Ils ont tout à portée de main ; les sorties culturelles, les balades parisiennes, la musique, l’opéra, le théâtre, mais ils ne voient rien de tout cela. Rien qui pourrait leur aérer l’esprit ! C’est vrai qu’ils manquent d’espaces verts, emmitouflés dans leur béton quand ce n’est pas dans les souterrains.

Je te le dis : j’avais hâte de venir à la Capitale, mais, maintenant que j’y suis, ma seule envie est de revenir, et vite, au village. Notre village calme et serein où il fait bon vivre, au milieu des nos animaux et dans nos forêts aux couleurs somptueuses quelle que soit la saison.
Sortir de ce gris, de cette ville de fous furieux qui ne profitent de rien. Je ne leur jette pas la pierre bien, au contraire, je les plains même. Je me rends compte de notre qualité de vie et je veux la préserver.

Mon souhait le plus cher : ne jamais ressembler à ce troupeau de moutons ou ces fourmis. Nos bêtes, je préfère les regarder vivre heureuses, à l’état naturel dans nos campagnes !

Je compte les jours … Mais ne prends pas la peine de m’écrire, si je passe au travers des grèves et manifestations, avec un peu de chances je serais revenue d’ici deux jours …

Bisous bétonnés mais pleins d’amitié 🙂

Charles

Jeu de clefs

Je me rappelle de ce vendredi fin d’après midi du mois d’avril 2012. Je rentrais de l’école accompagnée de ma mère. Devant la maison, ma mère avait encore du mal à ouvrir cette satanée porte dont la serrure faisait de plus en plus faux bond ! « Mais c’est pas possible » dit ma mère, « en plus de cette semaine horrible et compliquée au boulot, il faut encore que je lutte pour rentrer à la maison ».

Notre voisin, Salvador, venait justement de sortir de chez lui. « Ça va Florence ? Veux-tu que je t’aide ? A ce moment là, ma mère réussit enfin à ouvrir la porte mais son énervement était tel qu’elle ne mesurer plus la portée de ses mots. « J’en ai ras le cul ! Rien ne va en ce moment, rien ne marche, tout part en vrille, ça me saoule ! ».

Salvador, avec sa gentillesse connue de tous, a proposé à mère de changer la serrure à l’instant même.

Chose qu’elle a acceptée sur le champ. Elle était à bout, à fleur de peau, je le voyais et le ressentais ! Mais je me faisais petite et ne disais rien.

« Oui, Salvador, je veux bien s’il te plaît », dit-elle en allant chercher la nouvelle serrure. Salvador fit alors le changement de serrure en quelques minutes. Tout irait pour le mieux, cette épine enlevée du pied de ma mère.

C’est alors qu’un rebondissement arriva ! En voulant tester la nouvelle serrure, maman referma la porte de l’appartement en regardant à deux fois le trousseau qu’elle tenait dans la main et se dit : « C’est le bon trousseau, je peux claquer la porte sans risque ». Ce qu’elle fit sur le champ. Salvador n’avait pas fini sa phrase interrogative sur le même sujet, qu’elle le regarda d’un air dépité et s’écria : « Putain, c’est pas vrai ! j’ai pas fait ça quand même, je n’ai pas laissé les nouvelles clefs à l’intérieur !? » Elle a alors demandé à Salvador s’il les avait avec lui, mais non bien évidemment. Nous étions donc à la porte de la maison. Je crois n’avoir jamais vu ma mère aussi énervée et injurieuse avec elle même. « Comment peut-on être aussi idiote ! Quelle abrutie je suis ! Je n’y crois pas, être aussi bête que cela » etc. Elle ne s’arrêtait plus de parler, de crier après elle même. Si j’avais pu me cacher dans un trou de souris, j’y serais partie à toute vitesse. Salvador, toujours aussi calme, est parti chercher le matériel nécessaire pour retirer la nouvelle serrure mais s’agissant d’une porte blindée, ça n’était pas une mince affaire.

Et ma mère assise par terre, la tête dans ses genoux répétant sans cesse « Quelle idiote, mais quelle idiote comment peut-on être aussi stupide que ça ». Tout le monde en prenait aussi pour son grade sauf Salvador évidemment et moi qui étions silencieux. Elle ressassait les problèmes de sa semaine, les difficultés rencontrées, les personnes mauvaises avec qui elle avait dû travailler et faire semblant.

Au bout de deux heures d’acharnement à la perceuse, Salvador a fini par vaincre cette satanée serrure. Maman s’effondra en larmes dans ses bras. « Merci infiniment Salva, je ne sais pas comment j’aurais pu faire sans toi, merci, merci et encore merci ! » Elle ne s’arrêtait plus de le remercier. Il alla chercher une nouvelle serrure d’appoint chez lui dont il garda un jeu de clefs en attendant que maman rachète une serrure adaptée. Elle finit par se calmer et s’apaiser ce qui me rassura bien évidemment.

S’exprimer et ronchonner

Paradoxalement, mon double et moi sommes très différents, je dirais même opposés.

Moi, je suis grande et charpentée ; mon double a une silhouette fine et petite. Mes cheveux longs et bruns sont tout le contraire d’elle qui a une coupe courte et grisonnante. Je suis enthousiaste et rieuse, toujours prête à faire de nouvelles choses et découvertes. Elle, est renfermée, triste voire déprimante. Elle ne veut rien faire ni apprendre sur les gens ni même dans la vie. Moi, je m’exprime : d’accord ou pas mais je le dis et le justifie. Elle, elle bougonne, ronchonne et ne s’extériorise pas, ne s’explique pas.

Nous sommes différentes c’est vrai. Nous n’avons pas le même âge : j’ai 14 ans, elle en a 64.

Elle m’envie et me jalouse. Je la comprends : je suis plus jeune, plus belle, plus vive. Elle me regarde et m’observe, m’envoie parfois de vilaines pensées et des jugements négatifs. Mais moi, en toute bienveillance, je lui réponds toujours avec enthousiasme et de manière positive. Pourquoi ? Tout simplement pour l’aider à accepter et profiter de la vie.