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Charles-Edouard

Charles-Edouard se tient droit, le menton relevé, le regard fier et méprisant, les épaules hautes, le ventre serré. Il est habillé d’une chemise blanche et d’une longue veste queue de pie noire descendant jusqu’à ses pieds. Comme un pingouin, il marche droit, jamais de travers et se dandine légèrement. Il parle peu et, quand il ouvre la bouche, c’est soit pour y déposer un gigantesque cigare soit pour parler de lui à la troisième personne. Il pense qu’il est l’œuvre de Dieu. Il n’a jamais tort et les autres, à ses yeux, n’ont jamais raison. Il ne sort qu’en compagnie de sa cour qui le flatte et lui dit : « Monsieur, sans mentir, si votre allure se rapporte à votre coiffure, vous êtes le Phénix des hôtes de ces lieux ». A ces mots, il sourit discrètement, continue sa marche, sans montrer une trace de satisfaction. Lorsqu’il s’assoit, il croise ses jambes, pose ses deux mains sur ces genoux et fume son cigare. Il est hautain, fier, égoïste, se croit le plus fort, ne pense qu’à lui, ne parle que de lui, bref… il est prétentieux.

Virgule ou crocodile

Cher Nathan,

Je viens d’arriver à Paris et je suis très étonné de la manière dont les jeunes de cette ville s’habillent. Au collège, ils prétendent ne pas  vouloir l’uniforme pourtant, inconsciemment, ils le portent. Tous, sont des clones, tous ont le même tee-shirt, tous ont le même jogging, les mêmes chaussures. Et surtout les Parisiens veulent tous avoir la petite virgule sur leurs vêtements, il n’y a pas de différence, pas d’originalité. Bref, heureusement qu’il y a leur visage pour les différencier.

Le plus incroyable dans tout ça, c’est leur naïveté. Leurs vêtements, soit disant de marque, ne coûtent pratiquement rien à la personne qui les crée pourtant elle les revend cinq fois plus cher à ces « pigeons ». En effet, le vrai prix d’un tee-shirt avec le petit crocodile avoisinerait plus les 10 euros que les 50 euros. Pourtant les petits Parisiens achètent quand même ces vêtements pour satisfaire leur égo mais surtout pour ne pas paraitre ringard auprès de leurs amis.

Autre chose, chez nous Nathan, les casquettes servent à nous protéger du soleil. Ici, à Paris ce n’est pas le cas. Eux, les ados parisiens, ils la portent à l’envers et je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour protéger leur nuque du soleil ou bien pour bronzer du front…

Quant aux filles, elles se badigeonnent le visage de crème de toutes sortes, de mascara, de blush, de fard à paupières et tout plein d’autres choses dont je ne connais pas ni le nom ni l’utilité. Mon hypothèse est qu’elles ne veulent pas montrer leur vrai visage. Soit elles ont honte d’elle-même, soit elles pensent se trouver plus belles avec une couche de peinture sur le visage.

Dernière remarque originale, j’imagine que tu connais la mode chez les filles de se percer les oreilles ?  Et bien je t’apprends qu’il existe aussi les piercings au nez, au sourcil, aux lèvres, à la langue et au nombril. Moi je ne connaissais pas cette mode avant d’aller dans cette ville. Dans le nez cela me fait penser aux vaches !

J’en ai fini avec cette ville et surtout ces habitants très spéciaux ! J’espère te revoir bientôt pour te montrer les photos à mettre dans mon album.

Je t’embrasse bien fort

De Nathan à Paulus, Issoire

Noul en cuisine

L’année 2017 est une année très spéciale car, ma famille et moi, nous accueillons Luca, une jeune fille hongroise de 17 ans pendant un an. Nous sommes très proches et nous faisons quelques activités ensemble. Je considère Luca, comme ma grande sœur, elle est très gentille et très drôle… oui elle est très très drôle.

Maintenant, ça doit faire quatre mois qu’elle vit chez nous et aujourd’hui nous sommes à la veille de l’anniversaire de mon père. Je suis chargé de faire un gâteau, naturellement j’ai proposé à Luca de m’aider. Nous allons confectionner un brownie, gâteau préféré de papa et ma spécialité. Je vais donc toquer à sa chambre pour lui faire la proposition :

– Salut Luca, je ne te dérange pas ? dis-je en entrant dans sa chambre.

– Non, non, ne t’inquiète pas ! Tou as bésoin dé qué que chose ? dit-elle avec son accent typiquement hongrois.

– Bah…Je voulais te demander si tu voulais m’aider à faire un gâteau au chocolat pour l’anniversaire de papa demain.

– Oh oui, pas dé prrroblème, on le fait maintenant ?

Elle roule particulièrement le « r » ce qui nous fait souvent rire…

– Oui si possible maintenant.

– D’accorrrd mais tou sais qué jé suis noul en couisine !

– Pas grave, je t’apprendrai.

On descend pour aller dans la cuisine et pour l’instant tout va bien… On sort les ingrédients farine, sucre, œuf, chocolat, noix… Je prends les affaires en charge.

–  Luca, tu peux mélanger la farine avec le sucre et séparer les blancs des jaunes, s’il te plaît ?

– Heuuu… Séparrrer les blancs des jaunes ? Tou veux dirrre quoi ?

– Tu ne sais pas comment faire ? Elle grimace et je comprends en effet que la cuisine n’est pas une activité qu’elle connaît !

– Regarde, tu casses délicatement l’œuf, puis tu prends la coquille et tu transvases le jaune d’une coquille à l‘autre, pour faire tomber le blanc dans le récipient mais garder le jaune. A toi maintenant !

– D’accorrrd jé vais essayer…

Elle réussit après avoir utilisé 7 œufs pour 3 demandés ! Il est vrai que moi aussi, j’ai mis du temps petit pour y arriver mais il y a un début à tout. C’est compliqué de séparer les blancs des jaunes ! Casser les noix a été aussi folklorique, car le casse-noix est un instrument inconnu pour ma sœur hongroise !

Toutefois nous avons quand même réussi à faire le gâteau après deux heures mais bon j’ai bien rigolé.

– Veux-tu que aussi que nous fassions une compote pomme-poire pour le goûter ?

– Pas dé prrobleme, jé fais quoi ?

Elle m’amuse car avec elle, rien n’est un problème, d’ailleurs sa phrase favorite est « la vie est belle ! »

– Tu épluches les pommes et moi j’épluche les poires. Tiens, prends l’épluche-légumes !

– Ouiii… heuuu… Bapou, Comment on éplouche oune pomme ?

« Bapou » est le surnom qu’elle m’a donné, elle a dû trouver ça mignon ! Bon visiblement l’épluche-légumes est aussi un instrument inconnu !

– Ah Bah, tu prends l’épluche-légumes et tu glisses sur la pomme et tu vois la peau s’enlève.

– D’accorrrrd merrrci.

Cette fois-ci, on n’a pas gâché de pommes mai on a mis une heure pour faire quatre pommes.

Au final le gâteau et la compote étaient délicieux ! Et ma sœur hongroise repartira avec des connaissances culinairrrres essentielles.

 

 

Elégant et morose

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double n’est pas en tous points semblable à moi.

Il est dans l’ensemble, beaucoup moins bien que moi.

Moi, par exemple, je suis bien habillé, élégant et joyeux alors que lui a mauvais gout, il est repoussant et morose. J’ai de beaux yeux bleus en amande qui séduisent lorsqu’on les regarde. Lui, a des yeux rouges, de colère ou de tristesse qui effraient et font fuir toute personne qui les regarde. Moi, je n’ai peur de rien, je suis travailleur et motivé. Lui, c’est un trouillard et, lorsqu’il faut faire ses devoirs, il est là, devant la télé, avec un bol de céréales. J’aime faire plaisir, je suis serviable mais surtout généreux, alors que lui,  est radin. Il ne fait jamais de cadeaux et, lorsqu’il s’agit de manger, il est égoïste, se sert en premier sans se soucier de ses voisins.

En effet, j’ai deux faces le bon et le mauvais, un peu comme si mon cerveau était coupé en deux hémisphères et oscillait comme un balancier selon l’humeur. Quand il penche du mauvais côté, je passe du côté le plus obscur de mon cerveau et donc je suis horrible. A l’inverse, de l’autre côté, je suis un ange.

Mais parfois j’arrive à équilibrer la balance et je peux rire du mauvais, je suis dans l’autodérision comme maintenant à l’heure où j’écris.