I comme Inventaire

Un inventaire est le recensement de tous les objets appartenant à une personne ou à un lieu, à un moment donné. On parle, par exemple, de l’inventaire de fin d’année pour un magasin, qui compte tout ce qui n’a pas été vendu au 31 décembre.

Dans l’atelier d’écriture, l’inventaire consiste à relever et présenter sous forme de liste un certain type de mots dans un poème donné (substantifs, ou verbes, ou adjectifs, ou substantifs et adjectifs…)

Je vous donne un début d’exemple pour le confinement :

Être confiné

Dormir, ronfler, paresser, se reposer, s’allonger…

Boulotter, manger, dévorer, déguster, grignoter…

À vous d’imaginer une vingtaine de verbes (ou de noms, ou d’adjectifs) qui décrivent votre confinement !

Voici un exemple plus littéraire de Georges Perec, qui, en plus de faire l’inventaire, raconte aussi une histoire !

 Déménager

             Quitter un appartement. Vider les lieux. Décamper. 

Faire place nette. 

Débarrasser le plancher.

Inventorier ranger classer trier

éliminer jeter fourguer

Casser

Brûler

Descendre desceller déclouer 

Décoller dévisser décrocher

Débrancher détacher couper tirer 

Démonter plier couper

Rouler

Empaqueter emballer sangler 

Nouer empiler rassembler

Entasser ficeler envelopper 

Protéger recouvrir entourer 

Serrer

Enlever porter soulever

Balayer

Fermer

Partir.

Georges Pérec

Boule de neige

Une boule de neige de longueur n est un poème dont le premier vers est fait d’un mot, le second de deux mots, le troisième de trois mots, etc…. Le nième vers a n lettres. On peut aussi faire fondre la boule de neige : elle grossit jusqu’à n, puis fond pour revenir à un seul mot.

L’
école a
fermé ses portes
chacun reste chez soi
invente une boule de neige
chacun sur l’atelier d’écriture
on      écrit,         on      se      lit,
on compte, on réfléchit,
on travaille aussi
c’ est
fini !

C comme un Cortège

Un vieillard en or avec une montre en deuil
Une reine de peine avec un homme d’Angleterre
Et des travailleurs de la paix avec des gardiens de la mer
Un hussard de la farce avec un dindon de la mort
Un serpent à café avec un moulin à lunettes
Un chasseur de corde avec un danseur de têtes
Un maréchal d’écume avec une pipe en retraite
Un canard à Sainte-Hélène avec un Napoléon à l’orange
Un conservateur de Samothrace avec une victoire de cimetière
Un remorqueur de famille nombreuse avec un père de haute mer
Un contrôleur à la croix de bois avec un petit chanteur d’autobus
Un chirurgien terrible avec un enfant dentiste
Et le général des huîtres avec un ouvreur de Jésuites.

Jacques Prévert, Paroles, 1946

Consigne: à votre tour, écrivez une liste de groupes nominaux en inversant les compléments du nom. (10 vers environ)

exemple: un crayon de papier et l’étoile du matin => un crayon du matin et l’étoile de papier

H comme Haïku

Rédiger un haïku.

Une fleur tombée
Remonte à sa branche
Non c’était un papillon
Moritake (1473-1549)

Après le tonnerre
Les nuages de la nuit
Ont le teint frais
Sekite Hara (1889-1951)

Le fil de la canne à pêche
Atteint
la lune d’été !
Chiyo-ni (1703-1775)

Trois vers
Sans contrainte de rythme ni de rime
Un élément de la nature
Personnification et métaphore !

S comme Substantif+7

La méthode S+7 consiste à remplacer chaque substantif (S) d’un texte préexistant par le septième substantif trouvé après lui dans un dictionnaire (S+7) donné. Substantif signifie ici nom commun. Reconnaîtrez-vous le texte ci-dessous ?!

La Cimaise et la Fraction

La cimaise ayant chaponné
Tout l’éternueur
Se tuba fort dépurative
Quand la bixacée fut verdie :
Pas un sexué pétrographique morio
De moufette ou de verrat.
Elle alla crocher frange
Chez la fraction sa volcanique
La processionnant de lui primer
Quelque gramen pour succomber
Jusqu’à la salanque nucléaire.
« Je vous peinerai, lui discorda-t-elle,
Avant l’apanage, folâtrerie d’Annamite !
Interlocutoire et priodonte. »
La fraction n’est pas prévisible :
C’est là son moléculaire défi.
« Que ferriez-vous au tendon cher ?
Discorda-t-elle à cette énarthrose.
– Nuncupation et joyau à tout vendeur,
Je chaponnais, ne vous déploie.
– Vous chaponniez ? J’en suis fort alarmante.
Eh bien ! débagoulez maintenant. »

Raymond Queneau

A comme Abécédaire

Texte où les initiales des mots successifs suivent l’ordre alphabétique.

Exemple :

Inventaire : A brader : cinq danseuses en froufrou (grassouillettes), huit ingénues (joueuses) kleptomanes le matin, neuf (onze peut-être) quadragénaires rabougries, six travailleuses, une valeureuse walkyrie, x yuppies (zélées).

T comme Tautogramme

Un tautogramme est un texte dont tous les mots commencent par la même lettre.  Vous verrez ici un joli travail de Georges Perec, que vous connaissez bien maintenant. Mais je vous propose un travail plus simple, allez à la suite de ce texte… et vous connaîtrez votre exercice !

Chapitre cent-cinquante-cinq (copie certifiée conforme)

Ça commença comme ça : certaines calomnies circulaient concernant cinq conseillers civils coloniaux : contrats commerciaux complaisamment conclus, collaborateurs congédiés, comptabilités complexes camouflant certains corruptions crapuleuses, chantages comminatoires, concussions classiques… Croyant combattre ces charges confuses, cinquante commissaires-chefs comiquement conformes (cheveux châtain clair coupés courts, costume croisé, chemise couleur chair, cravate café crème, chaussures cloutées convenablement cirées) contactèrent certain colonel congolais causant couramment cubain. « Cherchez chez Célestin, Cinq Cours Clémenceau », chuchota ce centenaire cacochyme constamment convalescent, « car ce célèbre café-concert contrôle clandestinement ces combines criminelles. » Cinq commissaires chevronnés coururent courageusement Cours Clémenceau. Cependant, coïncidence curieuse, Cinq catcheurs corpulents, cachés chez Célestins, complotaient contre cette civilisation capitaliste complètement corrompue. Ces citoyens comptaient canarder certain chef couronné considéré comme coupable. Commissaires certifiés contre champions casse-cou : choc colossal ! Ca castagna copieusement. Conclusion : cinquante clients contusionnés, cinq cardiaques commotionnés, cinq cadavres ! Ce chassé-croisé cauchemardesque chagrina chacun.

Georges Perec

À vous, les élèves, voici l’exercice : avec chacune des 26 lettres de l’alphabet, je vous propose d’écrire une simple phrase en tautogramme. Au moins six mots qui commencent par la même lettre. Vous avez le droit pour les mots d’une ou deux ou trois lettres de vous affranchir de la règle :

Alexis arriva à Angers avec Aristide, l’âne, abasourdi d’avoir attaqué des asperges.
Brutus, bricoleur, barbota beaucoup de babioles et de bonbons bariolés sur le Boustrophédon.

Zoé, la zébrette zarbie, zigouillait les zigotos qui zigzaguaient sur son zinc.

Pour trouver des idées, vous pouvez évidemment utiliser un dictionnaire. En ligne, le TLF (Trésor de la Langue Française) est très pratique pour ce genre d’exercices ! Amusez-vous bien…

A comme Acrostiche

A partir d’un nom ou d’un mot donné, l’acrostiche est un poème qui compte autant de vers que ce mot compte de lettres, et dont le premier vers commence par la première lettre du mot, le deuxième par la deuxième, et ainsi de suite.

Voici un exemple d’acrostiche, qui multiplie les difficultés ! Sauriez-vous dire lesquelles ?

Autodescription

Osons lever le voile :
La vie alors se révèle et voilà le vrai.
Il se verra rêve éveillé,
Valse ensoleillée, voilier ivre.
Il a le rôle :
Éveiller les sens, sans en avoir l’air.
Rallier lèvres, sons, salive.
Sonner le la sans énerver les vilains,
À loisir raisonner, laisser résonner à l’envi,
La verve, les vers en vrille,
Ô le rire, le rire
Né : la liaison.
Olivier Salon

G comme Giton, La Bruyère, Les caractères

Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l’oeil fixe et assuré, les épaules larges, l’estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l’entretient, et il ne goûte que  médiocrement tout ce qu’il lui dit. Il déploie un ample mouchoir et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin, et il  éternue fort haut. Il dort le jour, il dort la nuit, et profondément ; il ronfle en compagnie. Il occupe à table et à la  promenade plus de place qu’un autre. Il tient le milieu en se promenant avec ses égaux ; il s’arrête, et l’on s’arrête ; il  continue de marcher, et l’on marche : tous se règlent sur lui. Il interrompt, il redresse ceux qui ont la parole : on ne  l’interrompt pas, on l’écoute aussi longtemps qu’il veut parler ; on est de son avis, on croit les nouvelles qu’il débite. S’il  s’assied, vous le voyez s’enfoncer dans un fauteuil, croiser les jambes l’une sur l’autre, froncer le sourcil, abaisser son  chapeau sur ses yeux pour ne voir personne, ou le relever ensuite, et découvrir son front par fierté et par audace. Il est  enjoué, grand rieur, impatient, présomptueux, colère, libertin, politique, mystérieux sur les affaires du temps ; il se croit  du talent et de l’esprit. Il est riche.

La Bruyère Les caractères « Des biens de fortune » (83), 1688