Pas crier

21 mai 1997, ma mère, accompagnée de ma grand mère, se présente devant la maternité. A la fin de l’accouchement, la sage femme après avoir observé ma mère, déclare sur ce ton de moquerie que ma mère n’a pas oublié : encore un enfant sans son père.

Ma grand mère la remercie comme si elle la félicitait, mais moi, me dit ma mère, cette phrase me rend folle, je la réceptionne comme une offense, comme un ingiuria. Alors quand se trouve dans la rue je me mets à gridare (moi: à crier), à crier. Encore un enfant sans père, tu comprends ce que ça veut dire ? Plus doucement per l’amore di Dio, implore Ma mère qui est une femme très éclipsée. Ça veut dire, je bouillais ma chérie je bouillais, ça veut dire que je serais une mère indigne, bien bête. Ça veut dire que tous les commentaires sur toi ma fille, je les accepterai. Ça veut dire que je présenterai toutes les garanties d’une perfecte idiote. Ça veut dire que chaque fois qu’on me dira que mon enfant n’aura pas de père et qu’en plus il faudra lui dire grazie mille avec cet air de femme abandonnée qui me va si bien. Signore Gesù, murmure ma mère la mirade alarmée, plus bas on va t’ouïr. Et moi grida encore plus fort: je m’en fou qu’on m’ouit, je veux pas être la pute de la ville, j’aime mieux faire la bonniche et nettoyer du caca ! Per l’amore dal cielo, me supplique ma mère, ne dit pas ces bêtises. Elle ne m’a même pas proposée à boire, je lui dis révoltée, ni même félicitée, je me ricorde (moi: je me rappelle), je me rappelle brusquement que je souffre d’une bruciatura au pied, brûlure si tu veux, mais ne me rectifie pas chaque mot sinon j’y arriverai jamais.

Alors ma mère pour me pacifier me rappelle à voix susurrée les bénéfices considérables qui m’espèrent si je suis le seul parent de ma fille : je serai la femme la plus heureuse, qu’aucun homme ne pourra me séparer d’elle, que cette enfant me donnera tout son amour et que mon enfant ne sera traumatisé devant aucune scène de ménage. Un an plus tard j’ai croisé cette sage femme avec un enfant qui parlait au téléphone, de pension alimentaire, je l’ai stoppé pour lui dire avec un ton moqueur « encore un enfant sans son père ». Cette femme, ma chérie, est tombée a pic nommé.

 

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