Jean Tardieu, Au conditionnel

Si je savais écrire, je saurais dessiner.

Si j’avais un verre d’eau, je le ferais geler et  je le conserverais sous verre.

Si on me donnait une motte de beurre, je la ferais couler en bronze.

Si j’avais trois mains, je ne saurais où donner de la tête.

Si les plumes s’envolaient, si la neige fondait, si les regards se perdaient, je leur mettrais du plomb dans l’aile.

Si je marchais toujours tout droit devant moi, au lieu de faire le tour du globe, j’irais jusqu’à Sirius et au-delà.

 

Si je mangeais trop de pommes de terre, je les ferais germer sur mon cadavre.

Si je sortais par la porte, je rentrerais par la fenêtre.

Si j’avalais un sabre, je demanderais un grand bol de Rouge.

Si j’avais une poignée de clous, je les enfoncerais dans ma main gauche avec ma main droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je me perdrais bientôt de vue.

Jean Tardieu, Laccent grave et laccent aigu.

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