Category Archives: A la façon de Rousseau

Mon pauvre reflet

Contrairement à ce que vous pourriez croire, mon double n’est pas en tous points semblable à moi.
Il est, dans l’ensemble, beaucoup moins bien que moi.

Moi, par exemple,  je suis très expressif, aimable et sérieux ; lui au contraire, il est inexpressif, impoli et dispersé. J’ai de magnifiques cheveux noir, lisses et soyeux sur un jeune visage parfaitement formé et sans aucune imperfection. Lui, possède une horrible chevelure non entretenue qui traîne jusqu’au sol . Je suis sportif, toujours souriant et pensif ; lui est plutôt paresseux, souvent morose, grognon et très curieux – ce qui le mène à avoir parfois des problèmes.

Il ose me dire que que c’est lui original. Alors que pour moi cette personne s’adressant à moi n’est rien d’autre que mon pauvre reflet dans un miroir.

Monsieur Rupnik

C’était un vieux monsieur corpulent, qui sentait le renfermé et avait une voix caverneuse laissant la même impression que son odeur. Il habitait dans l’appartement juste à coté du nôtre : c’était notre voisin de palier, et il était donc très courant que nous lui remettions son courrier que la gardienne avait déposé devant notre paillasson, et vice versa. Je ne l’aimais pas du tout. Il avait toujours l’air mécontent, le visage renfrogné et il grognait ou ruminait dans sa moustache grise désordonnée plus qu’il ne parlait. On avait toujours l’impression d’être en faute et de l’importuner au plus haut point en voyant l’expression qu’il prenait quand on lui adressait la parole. Il ne sortait jamais de l’immeuble, mais passait beaucoup de temps dans le hall à râler pour telle ou telle raison auprès de cette pauvre gardienne. Il faisait des mouvements impressionnants avec sa canne pour appuyer ses dires, et je ne manquais jamais de le contourner en rasant les murs quand je le croisais. En vérité, il me faisait peur, et je devenais tout de suite moins fatiguée en montant les escaliers jusqu’à chez moi après l’école quand j’entendais le bruit de sa grosse canne en bois qui tapait sur le sol. Avec son crâne chauve et ses petits yeux noirs qui me regardaient comme si c’était moi qui lui avait volé tous ses cheveux, il y avait de quoi être effrayée, je vous assure. J’avais vraiment très peur de sa canne, qui bougeait beaucoup trop vite et trop près de mon visage à mon goût. Je le détestais presque, ce vieux monsieur bizarre qui passait son temps à marmonner des reproches au monde entier.

Alors quand ma mère, juste avant de partir pour son rendez-vous chez le coiffeur, me demanda un jour d’aller lui apporter un colis que nous avions reçu à sa place, je m’imaginais immédiatement une quinzaine de scénarios terrifiants, puis réfléchissais ensuite à différents moyens de parer chacun d’eux. Et si je n’arrivais pas à fuir assez vite ? Et si il utilisait du chloroforme ? C’est donc avec beaucoup de courage, serrant très fort le colis dans mes bras, et très peu rassurée que je sonnais à sa porte. Quand il ouvrit, mon premier réflexe fut de vérifier s’il était armé. Par chance, je constatai qu’il n’avait pas sa canne à la main, et je respirais un bon coup avant de lui déballer à toute vitesse un « boujour-tenez-ce-colis-est-à-vous-au-revoir » et de lui tendre le carton que je tenais, déjà prête à courir vers ma porte au moment où le colis quitterait mes mains.

Il prit le carton. Je tournai aussitôt les talons et fis les deux pas qui me séparaient de ma porte. Je posai précipitamment mes mains dessus et poussai. Mon cœur s’accéléra et une peur panique monta en moi tandis que je réalisais que la porte était fermée. Elle s’était refermée derrière moi alors que je n’avais pas pris les clefs, me coinçant fatalement dans ce couloir devant la porte de M.Rupnik le Terrible. Ce devait être une mauvaise blague du destin, me disais-je alors que j’entendais la grosse voix rocailleuse ronchonner un peu avant de m’inviter à entrer chez lui en attendant le retour de ma mère. Je me stoppai net, passai immédiatement en mode « agent-secret-sur-le-point-de-confronter-l’ennemi-dans-une-action-impressionnante-et-incroyable » et analysai la situation : j’étais sur le point d’entrer en territoire ennemi pour une durée indéterminée sans pouvoir compter sur une quelconque aide extérieure, je n’avais aucune arme, et aucun des plans que j’avais pu prévoir ne comprenait le fait d’entrer chez M.Rupnik le Terrible. Mais je n’avais pas le choix. J’avançais donc, résignée à mon sort, vers mon funeste destin.

Même si je ne m’étais jamais vraiment demandée à quoi pouvait bien ressembler l’appartement de mon voisin, j’eus alors la plus grosse surprise de ma vie en découvrant l’intérieur de la gueule du loup. C’était petit. Parfaitement ordonné. Et blanc. Tout blanc. Comme à l’hôpital. Carrelage au sol, murs nus, meubles métalliques où étaient disposées des plaquettes de médicaments. Ça me fit d’abord très peur, me rappelant les repères des psychopathes dans les séries télé. Puis, en voyant les yeux étonnamment tristes de M.Rupnik qui regardait ces pilules colorées, je fus piquée par la curiosité. Il dut le remarquer de je ne sais quelle manière, car il poussa un profond soupir avant de me raconter le pourquoi du comment avec une sorte de rictus contrit, la seule espèce de sourire que j’ai jamais vu sur son visage. J’appris ainsi, en grignotant des gâteaux secs aux dessus d’une petite table basse, assise sur un petit fauteuil abîmé, plusieurs choses que je n’aurais jamais soupçonnées : mon voisin avait le cancer. Il était terriblement pauvre, et l’hôpital lui avait cédé quelques vieux chariots à tiroirs pour qu’il puisse ranger correctement ses médicaments. Il n’avait plus de famille, plus vraiment d’amis, et pas d’animaux, il était seul. Pendant une petite demi-heure, celui que je craignais me livra toutes ses peines, ses regrets, et son immense solitude. Je l’écoutais parler sans vraiment rien dire, ne sachant pas quoi penser, comment le consoler un peu. Oui, j’avais vraiment envie de le consoler, ce pauvre homme malade solitaire qui souffrait autant physiquement que sentimentalement, et je me sentis très mal en lui disant « merci, au revoir » au moment de rentrer chez moi quand ma mère fut rentrée. Je l’avais toujours très mal considéré, et j’avais maintenant l’impression d’être un monstre sans cœur, sachant quelle personne fragile j’avais détestée sans trop de raison.

Ce fut une grande leçon que je reçus ce jour-là. Aujourd’hui, je ne peux regarder une personne apparemment désagréable, qui râle et qui grogne sans arrêt, sans me demander quel genre de lourds problèmes peuvent bien plomber sa vie. Je ne peux plus voir Cruella de la même façon, et je n’applaudis plus quand elle tombe dans le ravin. Tous les vieux ronchons, les méchants, les sadiques, sont en fait des âmes en peine, des gens trop seuls, des gens qui souffrent. Tous ceux qui se déchargent sur le monde ont une bonne raison de le faire. Il ne méritent que pitié et compassion, et je ne peux pas m’empêcher de regarder de travers ceux qui marmonnent des insultes à l’égard de leur insupportable prof de français, qui crie à tout va que des heures de colle vont tomber.

Vous ne pouvez pas la blâmer, elle a sûrement le cancer.

La clé et le compas

Il y a environ deux ans de cela, j’ai vécu une situation d’injustice. J’ai été accusé à tort par deux professeurs. Ils m’ont soupçonné de vol, or je n’avais rien fait de ce genre. On m’a fait comprendre que j’avais volé une clé USB et une ventouse de compas (les deux objets appartenant aux professeurs de français et de mathématiques). Lors de deux cours différents, on a reculé ma table du bureau des professeurs. Je l’ai mal pris et, à plusieurs reprises, je sentais que les professeurs m’appréciaient de moins en moins.                                                                                                                                            Aujourd’hui, deux ans après, je peux toujours affirmer mon innocence face à cette histoire : on m’a soupçonné  à tort.                              Face à ce genre de situations, malheureusement l’adulte a toujours raison…

Celui qui n’a pas été déclaré coupable est présumé innocent.

Tête coupée

Quand j’avais six ans,  j’ai subi une trahison, une injustice  de mes parents. On m’a tordu le cou pour me laver les cheveux puis on m’a menacé avec des ciseaux. Les coiffeurs ont commencé par me laver les  cheveux. Quand il me les ont lavés, j’avais le cou tordu comme si on me le cassait en deux. Cela faisait très mal, je me suis retenu de crier. On m’avait dit que j’irais à un spectacle mais ils ne m’avaient pas dit ce que c’était comme spectacle. Je me suis fait avoir. Après que l’on m’a cassé en deux mon cou, je me suis retrouvé sur un siège devant un miroir avec derrière moi une personne avec des ciseaux et  une tondeuse. Il m’a coupé les cheveux. A un moment, j’au eu mal à la tête , il m’avait coupé. J’ ai eu l’impression que  ma tête se découpait en deux. J’ai eu une telle douleur que j’ai crié. Mes cheveux avaient été rasés, moi qui préférais les cheveux longs.

C ‘est un moment dont le souvenir est un des pires de ma vie, je n’ai compris pas comment  un coiffeur professionnel m’avait  coupé a la tête . Mais la faute venait de la trahison de mes parents qui m’avait emmené chez le coiffeur alors qu’ils m’avaient dit qu’on allait voir un spectacle. Cet événement m’a marqué : depuis ce jour, je ne veux plus aller chez le coiffeur, mes parent sont obligés de faire du chantage pour pouvoir me couper les cheveux . Je retiens toujours qu’ il ne faut pas faire confiance aux parents.