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R comme Ritej

Mon nom n’est ni Ritedje ni Ritege ni autres choses. Ritej est un nom tout nouveau et rare. Je suis la première fille à être appelée Ritej en Tunisie et, depuis, toutes les autres petites filles qui portent le même prénom sont généralement nées en 2010.

Ritej est le tapis qu’on met sur la Kaaba à la Mecque. Il est fait de tissu de haute qualité, le Coran est inscrit soigneusement dessus.

Mais mon prénom a une seconde signification : « tej » veut dire « couronne ».

Je préfère la première définition car j’aime beaucoup la Mecque et la Kaaba est quelque chose d’important dans ma religion . Je préfère donc la définition religieuse .

N comme Notre endroit sombre et rayonnant

Peu éclairé, dans un endroit où tout est caché.

Presque  dans un coin, où plus personne ne veut aller.

Fait d’un bon bois, entouré d’herbe, souvent caché par le soleil. On y passait nos soirées.

On ne regardait pas l’heure, mais on restait presque jusqu’à l’aube. On contemplait la rosée, nous étions étonnés.

Des histoires sorties de nos bouches, des plus farfelues au plus étranges. Quelques unes douces et d’autres qui font peur.

Nous remplissions d’imagination cet endroit lugubre, nous réussissions à éclairer un banc noir avec rien.

Aujourd’hui nous sommes grands et le temps a changé. Morceaux de bois qui n’ont plus aucune valeur.

Nous avons rendu un banc vivant avec notre imagination débordante,  depuis je donne vie à tout ce qui me passe sous la main.

I comme mes Idées

Mais voilà que je me retrouve à court d’idées

Ou même de toutes mes pensées

Et mon imagination qui occupait mes soirées

Donc se retrouve sans objet

Or je ne sais pas comment les faire revenir

Ni le français ni les maths ne me sont d’aucune aide

Car les conjonctions de coordination me les ont volées à tout jamais

 

B comme Balade au bois

Au bois, là où le soleil tape et où les gens cherchent le calme et mère nature, on rencontre :

Les enfants qui croient bronzer avec le soleil du Nord

Les enfants qui dansent

Les enfants qui donnent à manger aux canards alors que c’est interdit

Les enfants qui arrachent de l’herbe pour passer leurs nerfs

Les enfants qui se baladent

Les enfants qui polluent

Les enfants qui courent

Les enfants qui font du foot ensemble

Les enfants qui font du canoé

Les enfants qui sont sur des bateaux

Les enfants qui font une salade imaginaire à base de ce qui les entoure

Les enfants qui essayent de tenir en équilibre sur un élastique

Les enfants qui font la fête

Les enfants qui font une bataille d’eau

Les enfants qui passent du temps ensemble

Les enfants qui promènent leurs chiens

Les enfants qui salissent leurs mains avec la terre

Les enfants qui regardent le ciel en rêvassant

Les enfants qui montent à cheval

Les enfants qui regardent leurs reflets sur le lac

Les enfants qui tuent les insectes près d’eux

Les enfants qui se souviennent qu’ils doivent rentrer à la maison

Les enfants  qui trainent pour ne pas rentrer à la maison

 

L comme ma propre Langue

Une entreprise gigantesque qui domine par son pouvoir. Les immeubles différents par leurs architectures. Les routes pleines de déchets…Quelques voitures le long de l’autoroute qui est souvent blindée. Nous sommes un dimanche et il est temps de se reposer. Quelques nuages cachent le soleil. Va-t-il pleuvoir ?  Le barrage blanc qui sépare la rue de la piste cycliste.

[…]

Je suis encore à Ivry, sur le pont Nelson Mandela qui sépare ces deux villes différentes par leurs architectures et les habitants. Des passants toujours autant fascinés par la Seine. Des coureurs d’élite faisant leur footing du matin. Quelques panneaux publicitaires qui ne sont lus que quand il n’y a rien à faire. Quelques lampadaires qu’on aperçoit au loin. Les bâtiments rouges qui touchent les nuages.

[…]

Le vent souffle et laisse circuler le pollen partout. On éternue. Moi je me contente de m’arracher sans pouvoir décrocher mon regard des immeubles abandonnés par l’Etat, ils sont décorés de tags. Je cherche en vain à décoder leur message mais rien à faire, je ne comprends rien. Ce n’est sûrement pas que de l’art, il y a un message à faire  passer. Des prénoms ou bien un mot qui signifient sûrement beaucoup pour les auteurs, au point de les graver sur les murs. L’immeuble me paraît habité, malgré les fenêtres cassées. Comment je le sais ? Juste avant que je ne déménage, j’habitais dans un immeuble identique.

[…]

Je suis arrivée à  destination : un tabac. J’y entre en prenant soin de regarder les personnes. Et je croise le dos de mon père. Les gens ici paraissent désespérés. Mais ce tabac est chaleureux. Il est rempli de couleur et de gaité. Je remets la somme d’argent tout en discutant légèrement avec lui. Je regarde à nouveau autour de moi. Je croise quelque regard intrigué. Je lance un au revoir à mon père. Je ne savais pas que je ne le reverrais pas d’aussitôt.

[…]

Cette fois je suis dans une ruelle pour rentrer chez moi , il fait encore jour. Je marche cette fois, je ne regarde que les chewing-gums qui cicatrisent dans le sol, ainsi j’écoute et je suis attentive au moindre son. Je distingue une dispute , mélangé au bruit des voitures ainsi que le chant des oiseaux. Pas grand chose à vrai dire. Je me concentre un peu plus sur la voix que j’entends, une langue étrangère. Je me concentre d’avantage sur cette langue , je l’examine et finis par en rire. C’est d’ailleurs ma propre langue , la femme qui parle est de même origine que moi . Et elle me fait bien rire. Elle est énervée pour quelque chose de bête, enfin je crois. Peut-être que c’est l’impression qu’elle donne, comme la rue. On n’en voit qu’une seule facette.

C comme Choses cachées

Les tags cachés

Des portes déraillées

Des fenêtres brisées

Le mauvais côté d’une ville

Les affiches semi-arrachées

Les murs grisés par le temps

Les illustrations incompréhensibles

Le bruit de la Seine au passage des bateaux

Les constructeurs sur le champ en travaux

L’autoroute qui gémit sous les automobiles

L’arceau du terrain de basket qui vibre sous la puissance de la balle

Le ronron des scooteurs près du hall

Les regards des voisins chaleureux ou bien désagréables

Tout cela par une aventure effroyable

Quelques affiches dans des mains

Les  bus qui n’attendent pas les passagers poursuivant leurs chemins

Les aboiements du chien des voisins

Nos rires hypocrites mêlés à ceux des autres

Les montagnes russes de la foire

Les cris des enfants dans le parc

La Mère

J’avais tellement prié, tellement espéré que la guerre le garde pour elle.

Papa était le genre d’homme sûr de lui, chaque soir maman me racontait des choses merveilleuses sur lui, les larmes au yeux. J’ai fini par le détester (au lieu de l’admirer). Maman pleurait à cause de lui ! Elle ne voulait certainement pas que je déteste mon géniteur comme elle, elle le détestait. Car oui ! Elle le détestait et je l’ai su sans même qu’elle me le dise.
Il a avancé d’un pas vers moi avec ses bras grand ouverts pour m’accueillir. Je l’ai détaillé scrupuleusement. Il  ne me ressemblait pas, pas beaucoup du moins. Il a renoncé, rejetant ses bras le long de son corps et il est entré dans la maison :
– Que c’est bon de rentrer chez soi !
J’ai répondu du tac au tac :
– Ce n’est pas chez toi.
Il s’est retourné vers moi et s’est mis à ma hauteur :
– Ecoute, mon enfant, je sais , je n’ai pas été présent pendant longtemps mais maintenant je suis là ! C’est-ce qui compte, pas vrai?
Un silence s’est installé, je ne voulais pas de lui ! Je ne disais rien. Il a fini vite par le brise r:
-Et puis, regarde moi toutes ces étoiles et médailles rien que pour toi !
Alors c’était ça son objectif ? Il a voulu me racheter avec des objets métalliques ? Je n’ai peut être que dix ans mais je suis loin d’être naïf ou bête !
J’ai détourné le regard et je suis parti vers la cuisine. Il était temps de diner. Je me suis assis à ma place habituelle, près de maman, et j’ai commencé à manger sans attendre personne. L’homme est arrivé  et s’est installé en face de moi, en me fixant et en mangeant lentement.

Une fois le diner fini , je suis parti dans la chambre de maman et je me suis installé en l’attendant. mais cette attente a duré trop longtemps, j’ai décidé de me lever et d’aller voir ce qui se passait.
J’ai vu maman suffoquant, les larmes au yeux. Elle murmurait des choses incompréhensibles pour moi à l’homme dans ses bras. Papa l’a prise dans ses bras tentant de la réconforter mais  peine perdue, elle a crié un « je l’aime! » en le rejetant et le poussant par la même occasion le plus loin possible de son corps. Elle était désespérée et moi aussi par la même occasion.
Papa a remarqué  ma présence et il m’a fait signe de venir. J’ai exécuté l’ordre sans broncher. Il m’a pris dans ses  bras avec maman et il nous réconfortait du mieux qu’il pouvait de notre peine. La mienne de voir un homme surgi de nulle part et celle de maman sans aucun motif. Il m’aide et aide  maman à se sentir mieux. Après tout, je l’ai peut-être jugé un peu trop vite ?
Des semaines ont passé et je suis devenu très complice avec papa. On passait beaucoup de temps ensemble, on jouait comme une famille, on rigolait comme une famille. Quant à maman, un vrai désastre. Elle est devenue maigre, un teint blanc accompagné de yeux rouges. A chaque fois que je lui demandais ce qui n’allait pas, elle répondait : « J’ai mal ici mon ange » en me pointant le côté gauche de sa poitrine. Je faisais tout pour la réconforter avec papa mais ça ne marchait pas.
Un matin, j’attendais que maman vienne me voir dans mon lit comme à notre habitude mais elle n’est pas venue. Alors j’ai décidé d’aller la voir. Dans sa chambre, elle était allongée sur son lit. Je me suis approché d’elle doucement. Arrivé près de son lit, je l’ai secoué légèrement en l’appelant.
-Maman ? Maman ?
Elle ne répondait pas. Je l’ai secouée une deuxième fois mais j’ai eu le même résultat. Elle avait un teint horriblement blanc. Blanc comme la mort. J’ai pris sa main droite qui était glacée et l’ai relâchée instantanément pour aller chercher ma couette. Je l’ai déposé sur maman et j’ai pris ses deux mains. J’ai voulu prendre la main gauche mais j’ai trouvé  un papier. Je l’ai déplié et vu beaucoup de lettres. Mais, à cette époque-là, je ne savais pas lire. L’école n’était pas de partie avec la guerre. Alors j’ai déposé le papier sur le côté et repris ses deux mains dans les miennes, quelques larmes coulaient sur mes joues. Des larmes aussi silencieuses que le silence qui régnait dans la pièce. Un silence de mort… L’atmosphère était si légère qu’elle faisait peur. Je redoutais le pire. Mon amour n’est-il pas assez fort pour qu’elle se lève chaque jour en remerciant Dieu de ma présence? Les larmes au yeux, les prières dans ma bouche et mes mains dans les siennes, j’attendais que papa vienne m’expliquer mon malheur.
Il a fini par arriver quelques temps après, il est entré dans la chambre et il m’a vu, les larmes au yeux, avec maman dans les mains. Il a affiché une mine triste laissant couler un flot des larmes silencieuses sans aucun bruit :
-Pa..p-a el-elle a quoi ma-maman?
– Elle est partie rejoindre la paix.
– Mais ,m..m-ais  elle reviendra quand?
– Elle reviendra te chercher.
– Mais pourquoi?
– Parce que le temps change le monde mon fils.
Ce jour là je ne savais pas ce que disait papa ; aujourd’hui, j’ai l’age que mon père avait quand il est revenu et je comprends.Je suis grand et j’ai fini la guerre parce :
Après la guerre, il y a la paix.

 

 

G comme la Géographie et le Gâteau de maman

J’aime : les histoires qui font peur, la haine, l’odeur du gâteau de maman, la géographie, mon pays, le chocolat chaud, regarder le soleil se lever, écouter les blagues de Mansata, la menthe, les cartables noirs, le typex, boire dans les bouteilles en verre, sentir le sable sous mes pieds, ramasser les coquillages, essayer d’ouvrir les yeux dans l’eau, respirer de l’air pur, Nike, faire de la mousse et des bulles, Léger comme une Plume Raide comme La Mort, dormir sous l’espoir, les brises d’air chaud, la rosée, le sang rouge.

Je n’aime pas : Le Monde, l’espoir irréel, les naïves, la tristesse, les chanson d’amour, l’amour, la saleté, le ménage, les cris, le bus, les séries indiennes, le pétrole, arracher des pages, manger des coquilles d’œuf, porter des sacs lourds, le chocolat amer, les calories, la crème lourde, le bruit sourd de la fourchette, la pluie, le sable dans les cheveux, l’odeur de la cigarette, le sang noir.

E comme Esprit

Je voudrais partager avec vous une histoire qu’on me racontait souvent dans mon pays. Une histoire qu’on dit vraie, transmise  de génération en génération .

C’est l’histoire d’une famille. Ils n’étaient ni trop riches, ni trop pauvres. Ils avaient une fille, la plus belle du village. Nulle autre fille ne possédait une telle beauté. Tous les hommes étaient à ses pieds. Tout le monde l’aimait. Elle était généreuse et personne ne la jalousait.

Un jour, la fille parut différente au yeux du village. Elle avait un comportement étrange. Tous les soirs , elle se sentait observée dans sa chambre. Quelquefois, elle sentait même que quelque chose lui caressait les cheveux. Prise de peur, elle révéla cette nouvelle à sa tendre mère. Sa mère inquiète transmit cette information au père. Le père décida qu’ils devaient aller voir un prêtre sur le champ.

Le prêtre, après avoir étudié les informations, leur annonça qu’un esprit observait leur enfant. Ils devaient donc pratiquer de l’exorcisme au plus vite.

Alors qu’ils commençaient la séance, un homme venue de nulle part leur annonça qu’il était l’esprit et qu’il voulait prendre pour épouse leur fille. Les parents eurent une peur bleue. L’homme qui était donc esprit leur proposa de démontrer ses pouvoirs mais les parents refusèrent. Il pouvait prendre le corps d’un humain momentanément ainsi il pouvait avoir se qu’il voulait.

Il proposa un pacte avec les parents. Il prendrait pour épouse leur fille et en échange il leur offrirait ce qu’ils souhaitaient. Il viendrait demander la main de leur fille prochainement mais elle devrait refuser de se marier avec un autre homme que lui.

Les années passaient et la famille devint riche. Ils possédaient une immense terre où il y avait tous les bienfaits de la nature. L’esprit leur offrit tout ce qu’ils souhaitaient exactement comme prévu.

Or,  un jour, un homme riche et beau voulut prendre pour femme cette fille. Les parents, oubliant le pacte avec l’esprit durant les années passées, acceptèrent le mariage. La fille épousa l’homme et ils eurent deux enfants. L’esprit, revenu de son monde, ne trouva point sa bien-aimée. Il la découvrit avec ses enfants et un homme dans un jardin. Pris d’une colère folle, il tua leur premier enfant, noyé dans un puits. Le deuxième fut tué dans une étable par une hache qui lui transperça le corps.

La femme tomba dans une dépression profonde avec son mari. Elle décida d’aller voir ses parents. Une fois dans la maison, tout brûla. L’esprit avait déclenché une incendie. Ils moururent tous brûlés vifs. Les offrandes de l’esprit brûlèrent  ainsi avec les habitants de la maison. L’esprit observa avec satisfaction le corps inerte de sa bien aimée et donna ainsi son esprit à celle-ci.

R comme Rouge à glace

Un sapin de bois avec une épée de Noël.

Un bouquet de pierre avec un cœur de roses.

Un cahier de fiançailles avec une bague de brouillon.

Un tableau d’amour avec une lettre de liège.

Une faim d’ange avec un sourire de loup.

Un rouge à glace avec des patins à lèvres.

Un ticket de cheminée avec un feu de métro.

Des lentilles de mariée avec une robe de contact.

Une peau de Lynx avec un œil de banane.

Une machine à bille avec un stylo à laver.

Avec Tiffany